LIVRE I. FABLE XXII
Quand sa mère dormait, il courait le pays.
Dans un ravin profond, loin de l'aride plaine,
Notre enfant trouve une fontaine ; Auprès, un beau dattier tout couvert de ses fruits. — Oh! quel bonheur! dit-il, ces dattes, cette eau claire M'appartiennent ; sans moi, dans ce lieu solitaire,
Ces trésors cachés, inconnus,
Demeuraient à jamais perdus.
Je les ai découverts, ils sont ma récompense. Parlant ainsi, l'enfant vers le dattier s'élance, Et jusqu'à son sommet tache de se hisser.
L'entreprise était périlleuse ; L'écorce tantôt nue, et tantôt raboteuse, Lui déchirait les mains ou les faisait glisser. Deux fois il retomba ; mais, d'une ardeur nouvelle,
Il recommence de plus belle,
Et parvient, enfin, haletant,
A ces fruits qu'il désirait tant.
Il se jette alors sur les dattes, Se tenant d'une main, de l'autre fourrageant, Et mangeant
Sans choisir les plus délicates.
Tout à coup voilà notre enfantt
Qui réfléchit et qui descend.
Il court chercher sa bonne mère,
Prend avec lui sou jeune frère, Les conduit au dattier. Le cadet incliné,
S'appuyant au tronc qu'il embrasse,
Présente son dos à l'aîné ;
L'autre y monte, et de cette place, Libre de ses deux bras, sans efforts, sans danger, Cueille et jette les fruits ; la mère les ramassa,