LE SINGE OUI MONTRE LA LANTERNE MAGIQUE
Messieurs les beaux esprits, dont la prose et les vers Sont d'un style pompeux et toujours admirable, Mais que l'on n'entend point, écoutez cette fable,
Et tâchez de devenir clairs.
Un homme qui montrait la lanterne magique
Avait un singe dont les tours
Attiraient chez lui grand concours ; Jacqueau, c'était son nom, sur la corde élastique
Dansait et voltigeait au mieux,
Puis faisait le saut périlleux, Et puis sur un cordon, sans que rien le soutienne, Le corps droit, fixe, d'à-plomb,
Notre Jacqueau fait tout du long
L'exercice à la prussienne 14 .
Un jour qu'au cabaret son maître était resté
(C'était, je pense, un jour de fête) , Notre singe en liberté Veut faire un coup de sa tête.
Il s'en va rassembler les divers animaux
Qu'il peut rencontrer dans la ville ;
Chiens, chats, poulets, dindons, pourceaux,
Arrivent bientôt à la file.
Entrez, entrez, messieurs, criait notre Jacqueau ; C'est ici, ©'est ici qu'un spectacle nouveau Vous charmera gratis. Oui, messieurs, à la porte On ne prend point d'argent, je fais tout pour l'honneur,
A ces mots, chaque spectateur
Va se placer, et l'on apporte
Le Singe qui montre la lanterne magique.