‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 42 sur 271 · LIVRE II. FABLE X · texte numérisé non relu

LIVRE II. FABLE X

Cette herbe est malsaine et me tue, Ce trèfle est sans saveur, cette onde est corrompue; L'air qu'on respire ici m'attaque les poumons :

Bref, je meurs si nous ne partons Mon fils, répond le père, il s'agit de ta vie ?

A l'instant même il faut partir.

Sitôt dit, sitôt fait, ils quittent leur patrie. Le jeune voyageilr bondissait de plaisir.

Le vieillard, moins joyeux, allait un train plus sage ; Mais il guidait l'enfant, et le faisait gravir Sur des monts escarpés, arides, sans herbage,

Où rien ne pouvait le nourrir.

Le soir vint, point de pâturage;

On s'en passa. Le lendemain, Comme Ton commençait à souffrir de la faim, On prit du bout des dents une ronce sauvage.

On ne galopa plus le reste du voyage ; A peine, après deux jours, allait-on même au pas.

Jugeant alors la leçon faite, Le père va reprendre une route secrète

Que son fils ne connaissait pas,

Et le ramène à la prairie, Au milieu de la nuit. Dès que notre poulain

Retrouve un peu d'herbe fleurie, Il se jette dessus : Ah' l'excellent festin, La bonne herbe! dit-il : comme elle est douce et tendre!

Mon père, il ne faut pas s'attendre

Que nous puissions rencontrer mieux ; Fixons-nous pour jamais dans ces aimables lieux : Quel pays peut valoir cet asile champêtre?

Comme il parlait ainsi, le jour vint à paraître : Le poulain reconnaît le pré qu'il a quitté ;

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