‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 59 sur 271 · LE ROI DE PERSE · texte numérisé non relu

LE ROI DE PERSE

Un roi de Perse certain jour 56

Chassait avec toute sa cour.

Il eut soif, et dans cette plaine

On ne trouvait point de fontaine.

Près de là seulement était un grand jardin Rempli de beaux cédrats, d'oranges, de raisin :

A Dieu ne plaise que j'en mange !

Dit le roi, ce jardin courrait trop de danger : Si je me permettais d'y cueillir une orange, Mes vizirs aussitôt mangeraient le verger 57 .

LE LIHOT M

Une linotte avait un fils

Qu'elle adorait selon l'usage ; C'était l'unique fruit du plus doux mariage, Et le plus beau linot qui fut dans le pays.

Sa mère en était folle, et tous les témoignages Que peuvent inventer la tendresse et l'amour Étaient pour cet enfant épuisés chaque jour.

Notre jeune linot, fier de ces avantages, Se croyait un phénix, prenait l'air suffisant 59 ,

Tranchait du petit important

Avec les oiseaux de son âge ; Persiflait la mésange ou bien le roitelet,

Donnait à chacun son paquet, Et se faisait haïr de tout le voisinage.

Sa mère lui disait : Mon cher fils, sois plus sage, Plus modeste surtout. Hélas ! je conçois bien Les dons, les qualités qui furent ton partage;

Mais feignons de n'en savoir rien,

Pour qu'on les aime davantage.

A tout cela notre linot

Répondait par quelque bon mot ; La mère en gémissait dans le fond de son âme.

Un vieux merle, ami de la dame, Lui dit : Laissez aller votre fils au grand bois,

Je vous réponds qu'avant un mois Il sera sans défauts. Vous jugez des alarmes

Page 1