LIVRE III. FABLE II
Des souterraines eaux qui s'y font un passage. Allez saigner ce lac ; mais sachez ménager
Un petit nombre de saignées. !
Afin qu'à votre gré vous puissiez diriger Ces bienfaisantes eaux dans vos terres baignées. Juste quand il faudra nous les arrêterons.
Prenez bien garde au moins... Oui, oui, courons, courons,
S'écrie aussitôt l'assemblée.
Et voilà mille jeunes gens Armés d'hoyaux, de pics, et d'autres instruments *, Qui volent vers le lac : la terre est travaillée Tout autour de ses bords ; on perce en cent endroits
A la fois :
D'un morceau de terrain chaque ouvrier se charge :
Courage, allons ! point de repos !
L'ouverture jamais ne peut être assez large.
Cela fut bientôt fait. Avant la nuit, les eaux, Tombant de tout leur poids sur leur digue affaiblie,
De partout roulent à grands flots.
Transports et compliments de la troupe ébahie,
Qui s'admire dans ses travaux.
Le lendemain matin ce ne fut pas de même :
On voit flotter les blés sur un océan d'eau, Pour sortir du village il faut prendre un bateau; Tout est perdu, noyé. La douleur est extrême, On s'en prend aux vieillards. C'est vous, leur disait-on,
Qui nous coûtez notre moisson; Votre maudit conseil... Il était salutaire, Répondit un d'entre eux ; mais ce qu'on vient de faire Est fort loin du conseil comme de la raison.
Nous voulions un peu d'eau, vous nous lâchez la bonde; L'excès d'un très-grand bien devient un mal très-grand :