LE DERVIS, LA CORNEILLE ET LE FAUCON
Un de ces pieux solitaires Qui, détachant leur cœur des choses d'ici-bas, Font vœu de renoncer à des biens qu'ils n ont pas,
Pour vivre du bien de leurs frères, Un dervis, en un mot, s'en allait mendiant
Et priant; Lorsque les cris plaintifs d'une jeune corneille, Par des parents cruels laissée en son berceau, Presque sans plume encor, vinrent à son oreille. Notre dervis regarde, et voit le pauvre oiseau Allongeant sur son nid sa tête demi-nue :
Dans l'instant, du haut de la nue,
Un faucon descend vers ce nid 55 ;
Et, le bec rempli de pâture,
Il apporte sa nourriture
A l'orpheline qui gémit.
du puissant Allah providence adorable 58 !
S'écria le dervis : plutôt qu'un innocent Périsse sans secours, tu rends compatissant
Des oiseaux le moins pitoyable!
Et moi, fils du Très-Haut, je chercherais mon pain!
Non, par le prophète j'en jure 57 , Tranquille désormais, je remets mon destin