LIVRE III. FABLE XIII
Et n'ont pas assez de leurs mains
Pour prendre la pauvre famille!
La perdrix, traînant l'aile, appelant ses petits,
Tourne en vain, voltige, s'approche;
Déjà mes jeunes étourdis
Ont toute sa couvée en poche.
Ils veulent partager, comme de bons amis ; Chacun en garde six, il en reste un treizième : L'aîné le veut, l'autre le veut aussi.
— Tirons au doigt mouillé. — Parbleu non. — Parbleu si.
— Cède, ou bien tu verras. — Mais tu verras toi-même. De propos en propos, l'aîné, peu patient,
Jette à la tête de son frère Le perdreau disputé. Le cadet, en colère,
D'un des siens riposte à l'instant.
L'aîné recommence d'autant ; Et ce jeu qui leur plaît couvre autour d'eux la terre
De pauvres perdreaux palpitants.
Le fermier, qui passait en revenant des champs,
Voit ce spectacle sanguinaire 59 ,
Accourt, et dit à ses enfants :
Comment donc! petits rois, vos discordes cruelles Font que tant d'innocents expirent par vos coups ! De quel droit, s'il vous plaît, dans vos tristes querelles
Faut-il que l'on meure pour vous?