LIVRE III. FABLE XXI
Je le sais ; cependant les belles, les poètes Aiment assez l'encens ; vous êtes tout cela, Et vous ne l'aimez point : j'en resterai donc là;
Mais, ne vous fâchez pas, si j'ose Parler toujours de vous en parlant d'autre chose.
Un aigle, fils des rois de l'empire de l'air,
Sur le soleil fixant sa vue, Ne vivait, ne planait qu'au delà de la nue, Et ne se reposait qu'aux pieds de Jupiter 71 . Cet aigle s'ennuyait ; le soleil et l'Olympe 7 *,
Lorsque sans cesse l'on y grimpe,
Finissent par être ennuyeux.
Notre aigle donc, lassé des cieux, ^
Descend sur un rocher. Près de lui vient se rendre Une blanche colombe, aux yeux doux, à l'air tendre, Et dont le seul aspect faisait passer au cœur Ce calme qui toujours annonce le bonheur.
L'aigle s'approche d'elle, et, plein de confiance,
Lui raconte son déplaisir.
La colombe répond : Petite est ma science, Mais je crois cependant que je peux vous guérir ;
Daignez me suivre dans la plaine.
Elle dit, l'aigle part. La colombe le mène Dans les vallons fleuris, au bord des clairs ruisseaux,
Lui montre mille objets nouveaux,
Le fait reposer sous l'ombrage, Ensuite le conduit sur de riants coteaux,
Et puis le ramène au bocage,
Où du rossignol le ramage
Faisait retentir les échos :
Ce n'est tout, elle sait encore