LIVRE IV, FABLE XI
Dirait là-dessus son avis.
Ce dieu , comme Ion sait , n'est pas facile à vivre : Pour le faire parler il faut longtemps le suivre ,
Près de son antre l'épier,
Le surprendre, et puis le lier,
Maigre la figure edrayanle
Qu'il prend et quitte à volonté *.
Certain vieux courtisan, par le roi député, Devant le dieu marin tout à coup se présente.
Celui-ci, surpris, irrité, Se change en noir seri)ent; sa gueule empoisonnée Lance et retire un dard messager du trépas. Tandis que , dans sa marche oblkiue et détournée, Il glisse sur lui-même et d'un pli fait un pas. Le courtisan sourit : « Je connais cette allure, ' Dit-il, et mieux que toi je sais mordre et ramper. »
11 court alors pour l'atlriiper :
Mais le dieu change de figure; Il devient tour à tour loup, singe, lynx, renard.
« Tu veux me vaincre dans mon art , Disait le courtisan : mais , depuis mon enfance, Plus que ces animaux avidi-, adroit, rusé , Chacun de ces tours-la pour moi se trouve usé. Changer d'habit, de mœurs, et même de conscience,
Je ne vois rien la que d aisé. »
Lors il saisit le dieu , le lie, Arrache son oracle, et retourne vainqueur.
Ce trait nous prouve , ami lecteur.
Combien un courtisan peut servir la patrie'.
1. Voir dans Yirijile, Géorgiques, livre lY, l'épisode d'Aristce (t. «O :
Verum uhi correplum maiW^ius vinclisque lenebis, Tum variœ eluJe)il snecies alijiie O'ii feiarum. Fiel eniin subito sus h'jrridas , ntraque liijris , Squamosusque diaco , et fulva cervice leeèna.
2. On ne comprend pas trop si le poêle plaisante ou s'il parle »crie;isement. Si c'est une nouvelle forme d'épigramme, elle tsi médiocrement plaisante.