‹ Fables de Florian (volume 3)Chapitre 22 sur 160 · LIVRE 1, FABLE VI · texte numérisé non relu

LIVRE 1, FABLE VI

Sans chercher plus longtemps ce qu'il ne peut com- II laisse le miroir et retourne aux souris, [prendre, € Que m'importe, dit-il, de percer ce mystère?

Une chose que notre esprit, Après un long travail, n'entend ni ne saisit,

Ne nous est jamais nécessaire. »

VU. La Carpe et les Carpillons.

« Prenez garde, mes Ois, côtoyez moins le bord.

Suivez le fond de la rivière ;

Craignez la ligne meurtrière, Ou i'épervier ' plus dangereux encor. » C'est ainsi que parlait une carpe de Seine A de jeunes poissons qui l'écoutaient à peine. ' C'était au mois d'avril : les neiges, les glaçons. Fondus par les zéphyrs, descendaient des montagnes ; Le fleuve enflé par eux s'élève à gros bouillons,

Et déborde dans les campagnes.

€ Ah! ah! criaient les carpillons

Qu'en dis-tu, carpe radoteuse?

Crains-tu pour nous les hameçons?

Nous voilà citoyens de la mer orageuse ; Regarde : on ne voit plus que les eaux et le ciel

Les arbres sont cachés sous l'onde ;

Nous sommes les maîtres du monde ,

C'est le déluge universel *.

— Ne croyez pas cela, répond la vieille mère, Pour que 1 eau se retire il ne faut qu'un instant :

1 . Espèce de filet dont l'ouverture est bordée de plomb, et qui se précipite au fond de l'eau avec la rapidité d'un oiseau de proie.

2. Ces carpillons sont éloquents et enthousiastes à la manière dn jeune Rat de La Fontaine, qui s'écrie au sortir de sa case:

Voilà les Apennins et yoici le Caucase !

Page 1