‹ Fables de Florian (volume 3)Chapitre 32 sur 160 · XIV. L'Éléphant blanc · texte numérisé non relu

XIV. L'Éléphant blanc

Dans certains pays de l'Asie

Oo révère les éléphants,

Surtout les blancs. i

Un palais est leur écurie ,

On les sert dans des vases d'or ; Tout homme à leur aspect s'incline vers la terre ,

Et les peuples se l'ont la guerre

Pour s'enlever ce beau trésor.

Un de ces éléphants , grand penseur, bonne tête , Voulut savoir un jour d'un de ses conducteurs

Ce qui lui valait tant d'honneurs , Puisque au fond, comme un autre, il n'était qu'une bête € Ah ! répond le cornac', c'est trop d'humilité;

L'on connaît votre dignité , Et toute l'Inde sait qu'au sortir de la vie Les âmes des héros qu'a chéris la patrie

S'en vont habiter quelque temps

Dans les corps des éléphants blancs.

Nos talapoins* l'ontdit, ainsi la chose est sûre.

t. Cornac, conducteur d'un éléphant.

'.t. Tatapoint, espèce de moines indiens.

18 LIVRB I, FABLE XIY.

— Quoi 1 vous nous croyez des héros?

— Sans doute. — El sans cela nous serions en repos, Jouissant dans les buis des biens de la nature ?

— Oui , soigneur. — Mon ami , laisae-moi donc partir,

Car on l'a trompé , je l'assure ;

Et, si lu veux y réfléchir,

Tu verras bientôt limposture :

Nous sommes fiers et caressants ;

Modérés , quoique tout-puissants ;

On ne nous voit point faire injure A plus faible que nous ; l'amour dans notre cœur

Reçoit des lois de la pudeur ;

Malgré la faveur où nous sommes , Les honneurs n'ont jamais altéré nos vertus :

Quelles preuve» faut-il de plus?

Comment nous croyez-vous des hommes? »

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