‹ Fables de Florian (volume 3)Chapitre 65 sur 160 · LIVRE II, FABLE XV · texte numérisé non relu

LIVRE II, FABLE XV

Celui qu'en conscience il croit propre à la chose '. Le tigre se leva : « Sire, dit-il, les rois

N'ont de G;randeur que par la guerre; Il faut que voue fils soit l'elVroi de ia terre ;

Faites donc tomber votre choix

Sur le guerrier le plus terrible, Le plus craint, après vous, des hùlcs do ces bois. Votre fils saura tout, s'il sait 6lro invincible. » L'ours fut de cet avis; il ajouta pourtant

Qu'il fallait un guerrier prudent, Un aninial de poids, de qui l'expérience Du jeune lionceau sût rogler la vaillance,

Et mettre à profit ses exploits.

Après l'ours, le renard s'explique,

Et soutient que la politique

Est le premier talent des rois ; Qu'il faut donc un Menlur d'une fine.-se exfrônae Pour instruire le prince et pour le bien former.

Ainsi chacun, sans se nommer,

Clairement s'indiqua soi-même :

De semblables conseils sont cummuns à la cour.

Enfin le chien i)arle à son tour :

« Sire, dit-il, je sais qu'il faut faire la guerre. Mais je crois qu'un bon roi ne la fait qu'à regret ;

L'art de tromper ne me plaît guère ;

Je connais un plus beau secret Pour rendre heureux l'État, pour en être le père, Pour tenir ses sujet?, sans trop les alarmer,

Dans une dépendance entière;

Ce secret, c'est de les ainier.

Voilà, pour bien régner, la science suprême; Et, si vous désirez la voir dans votie fils,

Sire, monlrez-la-lui vous-même. »

Tout le conseil resta muet à cet avis.

1. La si^ancc du conseil iciiii par le lion est une Bc(nc de haute comédie. Tout le reste de la fable est irréprochable , Lo siylc en cet noble et nuiurel. C'est une des meilleures de ce re<'ueil , cl cependant on ne la cite guère.

LIYFxE 11, FABLE XV. 47

Le lion court au chien : « Ami , je le confie

Le bonheur de lÉUil et celui de ma vie;

Prends mon ills, sois son maître, et, loin de tout flat-

S'il se peut, va former son cœur. » [Leur,

Il dit, et le chien part avec le jeune prince. D'abord à son pu[)ilie il persuade bien Qu'il n'est point lionceau, qu il n'est qu'un pauvre chien, Son parent éloigné. De province en province Il le fait voyager, montrante ses regards Les abus du pouvoir, des peuples la misère, Les lièvres, les lapins mangés par les renards, Les moutons par les loups, les cerfs par la panthère,

Partout le faible terrassé,

Le" bœuf travaillant sans salaire,

Et le .singe récompensé.

Le jeune lionceau frémissait de colère : >

€ Mon père, disait-il, de pareils attentats Sont-ils connus du roi? — (Comment pourraient-ils l'étreT Disait le chien : les grands approchent seuls du maitre,

Et les mangés ne parlent pas. »

Ainsi, sans raisonner de vertu, de prudence, Notre jeune lion devenait tous les jours Vertueux- et prudent; car c'est l'expérience

Qui corrige, et non les discours.

A cette bonne écolo il acquit, avec l'âge,

Sagesse, esprit, force et raison.

Que lui fallait-il davantage?

Il ignorait pointant encor qu'il fût !i( n. Lorsqu'un jour qu'il parlait de sa recoanaissancc-

A son maître, à son bienfaiteur, Un tigre furieux, d'une énorme grandeur. Paraissant tout à coup, contre le chien s'avance

Le lionceau, plus prorapt, s'élance, 11 hérisse ses crins, iJ rugit de fureur, Bat ses flancs de sa queue; et ses griffes sanglantes Ont bientôt dispersé les entrailles fumantes

De son redoutable ennemi.

A peine il est vainqueur qu'il court à son ami :

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