‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 16 sur 319 · M LE JEUNE HOMME ET LE VIEILLARD · texte numérisé non relu

M LE JEUNE HOMME ET LE VIEILLARD

De grâce, apprenez-moi comment l'on fait fortune , Demandait à son père un jeune ambitieux. 11 est, dit le vieillard , un chemin glorieux : C'est de se rendre utile à la cause commune , De prodiguer ses jours, ses veilles , ses talents , Au service de la patrie.

— Oh ! trop pénible est cette vie !

Je veux des moyens moins brillants.

— 11 en est de plus sûrs : l'intrigue... — «Elle est trop vile ; Saps vice et sans travail je voudrais m'enrichir.

— £h bien ! sois un simple imbécile : J'en ai vu beaucoup réussir.

LIVBE I. 10

\^ FABLE XVin.

LA TAUPE ET LES LAPllNS.

Ghacun de nous souvent connaît bien ses défauts :

En convenir, c'est autre chose ; On aime mieux soufTrir de véritables maux

Que d'avouer qu'ils en sont cause.

Je me souviens à ce sujet

D'avoir été témoin d'un fait Fort étonnant, et difficile à croire :

Mais je l'ai vu ; voici l'histoire.

Près d'un bois , le soir, à l'écart,

Dans une superbe prairie , Des lapins s'amusaient , sur l'herbette fleurie.

A jouer au colin-maillard.

Des lapins ! direz-vous ; la chose est impossible. Rien n'est plus vrai pourtant. Une feuille flexible Sur les yeux de l'un d'eux en bandeau s'appliquait ,

Et puis sous le cou se nouait.

Un instant en faisait.l'affaire.

Celui que ce ruban privait de la lumière Se plaçait au milieu ; les autres alentour

Sautaient , dansaient , faisaient merveilles ,

S'éloignaient, venaient tour à tour

Tirer sa queue ou ses oreilles.

Le pauvre aveugle alors , se retournant soudain , Sans craindre pot au noir, jette au hasard la patte :

Mais la troupe échappe à la hâte ; Il ne prend que du vent : il se tourmente en vain,

Il y sera jusqu'à demain.

Une taupe assez étourdie ,

Qui sous terre entendit ce bruit,

Sort aussitôt de son réduit,

40 FABLBS.

Et se mêle dans la partie.

Vous jugez j|ue , n'y voyant pas ,

Elle fut prise au premier pas.

Messieurs , dit un lapin , ce serait conscience , Et la justice veut qu'à notre pauvre sœur

Nous fassions un peu de faveur ;

Elle est sans yeux et sans défense :

Ainsi je suis d'avis... — Non , répond avec feu La taupe ; je suis prise , et prise de boa jeu ; Mettez-moi le bandeau. — Très-volontiers, ma chère: Le voici : mais je crois qu'il n'est pas nécessaire

Que nous serrions le nœud bien fort.

— Pardonnez-moi , monsieur, reprit-elle en colère; Serrez bien, car j'y vois..* Serrez , j'y vois encor.

FABLE XÏX.

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