‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 194 sur 319 · ARGENTINE, ARLEQUIN · texte numérisé non relu

ARGENTINE, ARLEQUIN

Argent. Je n*ai pas été longtemps, mon bon ami; du moins j'ai Tait ce que j*ai pu pour revenir tout de suite. Où sont nos enfants? ^

Ableq. lls'sont de Tautre côté.

Argent. Gomme tu es sérieux ! Que t'est-iL arrivé ?

Arlkq. Je ne sais pas encore ce qui m'est arrivé.

Argent» As-tu reçu de mauvaises nouvelles? Eàt-il venu quelqu'un?

Arlbq. Oui, il est venu un domestique qui m'a laissé une lettre pour vous.

Argent. Pour moi? Et que dit cette lettre?

Ableq. Je n'en sais rien : la voilà.

Argent., regardant» Ah!.,.

Arleq. Reconnaissez-vous l'écriture?

Argent. Oui.

Arleq. De qui est-elle?

Argent. Elle est... {A part,) Que lui dirai-je?

Arleq. Eh bien !. .. cela vous embarrasse ?

Argent, lion ami » me crois-tu capable de te tromper ?

ARLEQ« Répondez-moi d'abord : de qui est cette lettre ?

Argent. Je la crois de M. Lélio.

Arleq. Je le crois de même. Ouvrez-la, La main vous tremble. {Argentine ouvre la lettre, et la lit avec beaucoup d'émotion.)

Eh bien?

Argent., lui donne la lettre. Tenez, vous allez me croire coupable, voux aurez le droit de le penser ; et cependant le ciel m'est témoin que c'est la vertu la plus pure, le sentiment le plus honnête, qui m'empêche de me justifier.

Arleq. Voyons. {Il prend la lettre en tremblant.) Cette lettre donne le frisson à tout le monde. {Il la lit d*une voix altérée , jetant de temps en temps des regards sur sa femme, ) « Ma chère amie , j'arrive , et j'ai « besoin de toute ma raison pour ne pas voler dans tes bras. Si je ne' « craignais que de me perdre, rien ne me retiendrait; mais je pourrais « te compromettre, et mon amour même est moins fort que cette crainte.

< Il est si important pour nous de tromper celui qui détruirait notre bon^ > heur! le nom sacré qui l'attache à toi suffit à peine pour modérer rea « haine. J'espère qu'un jour viendra , et ce jour n^est pas loin , où nous • pourrons nous livrer publiquement à notre amour, et dévoiler à tous « les yeux les liens qui nous attachent l'un à l'autre. Adieu ; tÂche de ve-

< nir me voir, si tu peux échapper aux yeux du barbare qui te veille : je

< t'attends. Tu sais si je t'aime. Lélio. » Et moi , je ne sais si je dors ou si je veille ; mais si je dors , je fais un vilain rêve ; et si je suis éveillé... Ohl je le suis. (// relit l'adresse,) c A madame Argentine. » {Il se frotte les yeux,) c A madame Argentine. » Tenez, madame.

Argent. Mon ami !

Arleq. Je ne le suis plus , votre ami : vous m'avez trompé ; et c'est d^autant plus affreux que je ne vivais que pour vous croire. Comment! vous qui me parliez toujours de votre tendresse pour mdi , vous qui étiez toujours pendue à mou bras ou à mon cou, vous faisiez semblant de m*ai-

LE BON MBNAGK.

Bcr pour nieiix ne trahir! ▼ow m'amhniMlei pour m*eaipêdMrd'y yàt clair ! Voilà ce qui m'indigne le phiti car Je ne iiarle paa de maù^^ot n'est rieu cela auprèi de l^amoor.

AiGiirr. Eh Uen!.- (A part.) Non, Je lerai fidèle à ma bicDlaitrioeu CHauL) Je TOUS demande. Je toos gnpplie de —pendre Totie colire; Je me Justifierai , soyez-en sAr ; et Tons seras alors...

AiLBQ., avec colère. Coomient vous serait-il poasihle de iroai Jvlifar? Tons sortes sans Tooloir me dire où toos allei; nn domesUgne apporte cette lettre; il me recommande de tow la donner en secret.. Toos venes de l'entendre, celte lettre; elle est claire; il n'y a pm ra» seule phnse, pas un seul mot qui ne dise inteili^blement que tobs èles onc infidèle. Elle est bien ponr vons, cette lettre: voilà votre nom, le voilà ; Je le vois, Je le lis; Je n*ai pm le bonbeor d*étre aveugle. M. Lélio vous y donne ■n rendez- voos. on vous avez couru, même avant de le recevoir; car vous venez de diez M. Lélio , j'en suis sûr. Je le sais , Je l'ai vu. Je vous ai suivie. Osez m'assnrer que vous ne venez pas de chez M. Lélio!

ARGENT. Je ne veux pas vous mentir; il est vrai que Je viens de parier àlLLéUo smais-..

Arlbq., au déeeepoir. Et pourquoi me le dire? Je n'en étais pas sAr.

Argent. Éconlez-moL

AiLEQ., furieua. Je ne veux rien entendre ; Je veux m'en aller. Je veux vous quitter. .. Mon parti est pris, ma colère est passée. Je n'en ai plw de colère, parce que Je n*ai plus d'amonr; Je suis de sang-froid... liais coBune Je me sens le plus fort désir de meurtrir ce visage-là, qui est la cause de tous mes chagrins , vous sentez bien qu'il faut qne Je m'en aiUe^. Tous sentez bien... {Jrgeiitine^ ^frayée $UUngne ; il la prend par le ftrai^ el la ramène fortement à lui.) N*ayez pas penr. Je sais me posséder... Je ne suis plus votre mari, Je suis votre ami, votre meillenr ami, et Je vous parie comme un ami... Je vous abhorre. Je vous déteste. Je vous méprise , je ne puis plus soutenir votre vne , Je ne peux plus vous regarder sans me dire : Voilà une femme qui en aimait deux, et qui leur faisait croire qu'ils étaient un. Séparons-nous dès ce moment Restez ici , gardez vos enfants; je ne pourrais jamais les embrasser sans vous pleurer ; f aime encore mieux renoncer à les embrasser. Gardez tout le bien ; ii vient de vous; il me serait odieux. Je n*ai besoin de rien , je ne veux rien. Je n'emporterai rien que mon cœur ; et comme , si je voos pariais plus longtemps , Je vous le laisserais peut-être. Je vous quitte pour Jamais.

Argent, court après. Mon anii...

Arleq., la repouteanU Laissez-moi ; Je ne vous crois plusL

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