‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 226 sur 319 · SCENE YlII · texte numérisé non relu

SCENE YlII

Math. Eh je le sais, monsieur, je le sais; ce n'est pas la peine de ni« le répéter.

Duv. Non, vons ne le savez pas; je n'ai jamais osé voos le dire : mais daignez l'apprendre aujourd'hui , puisque vous n*avez pas voulu le devi* ner. En arrivant dans ce village, je vis une veuve de trente ans à peu près , plus jolie , plus fraîche que toutes les filles de quinze : un visage rondt un nez retroussé, des yeux vifs et spirituels , trente-deux dents bien blanches et bien rangées , Tair de la franchise et de la gaieté; avec tous ces cliarmes, un caractère d'or, bon, vrai, sensible » passionné pour faire du bien. Vous jugez que cet être-là me tourna la tête ; mais comment oser le lui dire , moi , jeune étourdi , sans esprit , sans aucun de ces agréments qui compulsent le défaut de fortune? Je résolus donc de ne jamais parler à cette' veuve de l'amour qu'elle m'avait inspiré. Peu de jours après, je rencontre une jeune fille qui lui ressemblait à s'y méprendre ; cette seule raison me la fait préférer à toutes les beautés du village; je la distingue, je lui marque des attentions ; elle m'accueille, elle accepte mon hommage : et moi , n'osant porter mes vœux jusqu'à l'original , je me trouve trop heureux de les adresser au portrait. Yoili l'histoire de mon amour pour mademoiselle votre fille.

AUth. Jfonsieur Duval, il est impossible de se fâcher d'une pareille déclaration , surtout quand on n'a pu s'empêcher de laisser voir qu'on la désirait: mais enfin c'est le portrait que vous voulez, c'est le portrait qu'il vous faut, et vous ne seriez pas homme à le sacrifier à l'original.

Dov. Ah ! dites un mot, un seul mot, et vous verrez...

Math. Vous abusez de vos avantages. Mais écoutez , monsieur Duval : vous m'avez raconté l'histoire de vos amours, il faut que je vous raconte la mienne. Quand mon mari vint à m'aimer , il faisait la cour à une petite paysanne du village, qui apparemment me ressemblait aussi. Je lui fis entendre que je.n'aimais point ces distractions ; et j'exigeai qu'il écrivtt à mon portrait une lettre bien claire , par laquelle il lui annonçait qu'il ne l'avait jamais aimée, et que tout son cœur était à moi.

Dut. Quel fut le prix de ce sacrifice?

Matb- Ha main.

Dcv. Vous lui signâtes sans doute , en même temps qu'il écrivit la lettre, une promesse de l'épouser le lendemain?

Hath. Le jour même.

Ddv. Avez-vous une plume et de l'encre chez vous?

BIatr. Tout ce qu'il faut.

Drv.'Donoez-vous la peine de passer dans votre maison ; nous terminerons notre conversation par écrit.

Math. De tout mon cœur, monsieur Duval: eh! que ne parlez-vons? Souvenez-vous cependant qu'avant tout iF faut que ma fille soit mariée, et que le titre soit dans mes mains.

Duv. Avant tout il faut vous plaire, et vous adorer à jamais.

{ Ils entrent dans la maison. )

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