‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 235 sur 319 · LA BREBIS ET L'AGNEAU , FABLE · texte numérisé non relu

LA BREBIS ET L'AGNEAU , FABLE

Une brebis, un Jour, disait à son agneau :

Mon fils, Je sais toute saisie En songeant aux dangers qui menacent ta vie : Tout le monde t'en veut; le maître du troupeau

Attend que tu fasses envie >

A quelque bon bonrher, autrement dit bourreau , Qui nous prend , nous achète , et , sans cérémonie

De sang- froid vient nous égorger.

Son confrère le loup t'épie ,

Comme lui. voulant te manger.

Enfln, contre non fib tout à la fois coolare ; Ta vote le Juar à peine , on va te le rarir ; Et, plus vieille que toi, Je te verrai ujoorir.

Contre l'ordre de la nature.

Eta bien ! répond l'agneau, c'était nn de mes vœnx : Mourir Jeune n'est pas un destin si cooUralre.

Je serais bien plus malheureux»

SI Je survivais à ma mère.

Ab ! ma mère , cette faUe me pbtt beaaooop; je niis le frère de cet agneau-là.

Il ABC. Celui qui Fa fait ainsi parler tarait sûrement entendo. Mais laisK Ion livre, mon ami, et viens m^emlnrasser t l'émotion où Je sois m'empécherait d'être attentive.

Fiifl. t'embrasse. J'aime encore mieux cela que la fable.

Mabc Regarde, mon ami . combien ta tendrene me rend beorense ! Hoos sommes pauvres, nous n'avons rien au monde que cette chaumière et notre petit Jardin ; J'ai perdu mon mari , je n*ai plus de parents; je suis souvent tourmentée par des créanciers de ton père , qui avait nn peu le débat d'emprunter, et qui , de Ixxis bourgeois que nous étions autrefois, no» a réduits à devenir des paysans pauvres. Tout ce qu'il a laissé de dettes me regarde , parce que je me suis engagée pour lui. J'ai soixante-neof ans, et Je commence à souffrir des infirmités de la vidllease : eh bien ! quand to es près de moi , quand je te vois , quand Je t'entends, surtout lorsque ta m'embrasses , je suis Jeune , riche , bien portante ; je retrouve tout ce qoe J'ai perdu ; une seule de tes caresses me fait oublier dii ans de chagrin; et quand ta m'appelles ta mère , J'éprouve un plaisir cent fois an-dessns de toutes les peines dont J'ai souffert Je te dis cela, mon cher fils, parce que Je m'aperçois bien que tu crois m'avoir des obligations , que tn t'oc* cupes sans cesse de me prouver ta reconnaissance ; et il ne tant pas t'aboser, vois-tu : c'est ta mère qui t'en doit

FiBM. Ah! bien oui, par exemple, voilà de Jolis propos! Tenez, Je voos parle en ami , n'allez pas dire ces cboses-là devant du monde , car <m se moquerait de vous. Devant moi , k la bonne heure , il n'y a pas dlncon* vénient, parce qne Je vous passe tout Mais...

Uabc. Non , Je veux que tu sois bien sûr...

FiBH. Oui, Je sais que vous êtes pour moi ce qu'il y a de plus cher an monde : que sans vous Je ne pourrais pas vivre, et qoe si vous ne m*aimiez pas , Je n'aurais plus de plaisir à rien, pas même à aimer Agathe.

Mabc. Tu l'aimes bien, ton Agathe?

FiBH. Oh! c^est la seconde personne de mon coeur. D'abord vous, pub Agathe , pois moi , puis plus rien •

Mabc. Heureusement qu'Agathe a un frère qui Fempèch» d'être riche, et que son père , M. Thibaut , a déclaré qu'il ne lui donnerait point de dot Sans cela , tu n'aurais pu prétendre à Agathe. Mais comme elle est pauvre et toi aussi , on vous permettra d'être heureux.

FiBH. Oui, ma mère, tout ira bien. Agathe, comme voos savez, est la filleule de madame la comtesse de Gircour, à qui appartient ce village. Madame de Gircour m'a promis hier encore de parler pour moi k M. Un* haut. Cette bonne madame de Gircour, elle m'a dit qu'elle était bien Elchée de n'être pas riche : car» sans cela, elle aurait donné one bonne dot à Agathe. Oh ! madame , lui ai-Je dit, il ne faut pas voos gêner : je me pf>rte bien ; je suis en état de travailler, de nourrir ma mère et ma

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et encore tous les petits drôles qui pourront yenir par la suite aujcrnenter noire famille.

Maic • Madame de Gircour ne t'a pas menti. Elle n*a pour tout bien que cette terre, qui ne rapporte pas grand'cbose , et son fils l'officier mange tous les ans plus que le revenu de la terre. Elle est bien moins beareuse que moi, madame de Gireour; elle vit loin de son fils, qui ne lui écrit jamais que pour demander de Targent : je sois toujours avec ie mien , et c'est lui qui me nourrit Mais va te dissiper un peu , mon ami , va voir t«>n Agathe.

FiBH. Non , ma mère; je suis bien aise de rester ici.

Mabc C'est que j'ai quelque chose à faire.

FiBH. Quoi donc?

Mabc. Je voudrais aller sarcler ce petit carré de légumes qui est au pied du mûrier.

FiBM. 11 est sarclé.

Mabc. Gomment cela donc? il ne l'était pas hier au soir,

FiBH. C*est vrai. Mais comme il n'y a rien de plus malsain à votre dge que de se tenir baissée pour arracher de mauvaises herbes , je me suis levé ce matin avant le jour, et j'ai sarclé ie petit carré.

Mabc., à part. Je m^en étais bien doutée. (Haut.) C'est égal, mon ami; va>t'en t J'ai beaucoup filé cette semaine , il faut que je mette mon fil en écbeveau . Cela ne me fatiguera pas ; et je n*ai pas besoin de toi.

FfRH. Votre fil est en échevean. J'avais les bras un peu engourdis ce matin d'avoir sarclé dans la rosée ; pour les dégourdir, j'ai dévidé votre fiL Ensuite j*ai été chercher votre vache, que ce drôle de vacher n*avait pas ramenée hier au soir du bois. Je l'ai remise dans notre étable ; j'ai donné de la litière fraîche au petit veau; j*ai fait votre lit, le mien aussi; la vache a du foin ; votre dîner cuit ; vous n'avez rien à faire qu*à vous tranquilliser, et je ne veux pas m'en aller : c'est-il clair, cela?

Mabc. Hais écoute. Je suis un peu fatiguée , et je voudrais dormir : tu ne peux pas dormir pour moi ; et si tu restes, tu me réveilleras.

FiBV. Je ne vous réveillerai point, parce que je vais m'amusera lire ces fables; et en lisant des yeux, comme madame lit toujours quand tUa se promène , je ne ferai point de bruit,

Mabc, Si fait, si fait.

FiBM. Non; non, ma mère.

Mabc. Nous allons voir : je t'avertis que je dors.

F|RM. Bonne nuit.

Mabc, à part Faisons semblant de dormir, c'est le seul moyen de le faire allervoir son Agathe. {Ellejait semblant de dormir, Firmin Ut^ et la regarde de temps en temps. Après un long silence, il se lève , s'approche doucement de sa mère^ et dit à voix basse :)

FiRH, Dors, dors, ma bonne et tendre mère. J'ai tant déplaisir à te voir reposer! Quand j'étais enfant, tu ne me quittais pas, tu veillais sur njon sommeil : Il est bien juste qu*à mon tour je veille sur le tien , et que je rende à ta vieillesse tous les soins que tu donnas i mon enfance. Dora, ma bonne mère, dors.

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