‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 242 sur 319 · MARGELLE, FIRMIN · texte numérisé non relu

MARGELLE, FIRMIN

M4RC. Monsieur tilraut m'avait promis de te cacher notre maltieur, il ne m'a pas tenu parole.

FiBV. Je lui en sais gré, ma môre. S'il vous arrivait quelque chose d'heureux , je serais fâché de ne pas l'apprendre ; mais Je le serais bien davantage d'ignorer un de vos chagrins.

Marc. Tu ne Taurais su que trop tôt : il fallait bien finir par te le dire, |iuisi{ue personne ne peut venir à notre secours.

PiBM. Vous n'avez donc plus d'espérance?

Itf ABC. Aucune , mon cher ami ; tu viens d'entendre toi-même ce que m'ont répondu le père Thomas et Li veuve Mathurine. Auparavant, j'avais été cliez le bailli, il a prêté son argent. Deux autres de mi^s anciens amis, à qui même j'ai rendu service autrefois, m'ont reçue à merveille, m'ont fait les offres les plus obligeantes, m'ont ( mbrassée plusieurs fois; mais (|uand j'ai parlé des mille écus , leur visage s'est allongé , ils ont cessé do m'embrasser, et, en me conduisant doucement vers la porte , ils m'ont donné mille raisons pour aller m'adresscr à leur voisin. Enfin, moucher enfant, je n'ai plus de ressource, et je n'espère rien que de la pitié de M. Giraut.

FiBM. Cela étant , ma mère, tout est perdu.

Mabc. Non, tout ne l'est pas, puisque le danger ne peut te regarder. Tu n'es pour rien dans tout ceci , ta n'étais pas au monde quand ce malheureux billet fut signé. M. Giraut n'a rien à te demander, et voilà ce qui me console. M. Giraut vendra ma maison, mes meubles , tout ce que je possède, il est le raaitrc; cela ne suffira pas pour le {>ayer. Eh bien ! je suis prête à me rendre en prison ; mais tu resteras Ubre, toi , tu épouseras ton Agathe, tu demeureras diez elle, tu seras heureux, et cette idée empêchera ta mère d'être malheureuse. Va, mon fils , j'ai du courage contre un malheur qui ne menace que moi ; et M. Giraut ne peut pas me faire beaucoup souffrir, puisqu'il ne peut te faire du mal.

FiBM. Ma mère, ma bonne mère , comme vous me traitez ! comme vous connaissez mal mon cœur! Moi libre , tandis que vous seriez dans la captivité! moi heureux quand vous seriez mallieureuse ! Et vous pouvez le |)cnser ! et vous pouvez me le dire ! Tenez, ma mère, si je vous le pardonne, c'est la plus grande marque de tendresse que mon cœur puisse vous donner. Ne parlons plus , je vous eu prie , ni d'Agathe ni de mariage ; occupons-nous de vous , de vous seule ; occupons-nous de vous sauver, ou, si nous ne le pouvons pas , parlons du moins de souffrir ensemble.

MiBc. Hélas! mon ami, malgré mes chagrins, tu me fais verser des larmes de joie : ta tendresse pour ta mûre, l'amour si pur et si vrai que

tu as pour elle , l'empèdieront toujoura d*étre malheureuse. Mais comment veux-tu faire? Giraut demande son argent, nous n'en avons point, et je ne puis en trouver.

FiRH. Ayez-vous été chez madame la comtesse?

Mabc. a quoi lion y aller? liadame la comtesse elle-même est dans le besoin t elle a un bon cceur, Je le sais, mais elle est trop pauvre pour pouvoir nous être utile.

PiRM., à part. Giraut va venir, il faut éloigner ma mère. {HauL) Allcz-y, Je vous le conseille, allez-y. Je sais bien qu'elle ne peut vous prêter les mille écus; mais c'est aujourd'hui le renouvellement de ses baux ; Giraut restera sûrement son fermier, et elle peut lui dire un mot en notre faveur; elle peut rengager à nous donner du temps. Allez trouver madame la comtesse , parlcz-iui d'Agathe , c'est sa filleule ; elle l'aime , elle l'aime aussi : contez-lui toutes nos peines; tâchez de l'intéresser pour nous. Que sait-on? elle vous donnera peut-être quelque conseil; à coup sûr, elle vous plaindra, et cela soulage toujours. Allez au château, ma mère; moi, pendant ce temps. Je chercherai de mon côté les moyen» d'engager M. Giraut à nous accorder un an ou deux.

Mabc. Tu le veux, mon fils, J'y consens; mais c'est bien pour le plaisir de faire ce que tu veux, car Je n'espère rien de madame la comtesse. Adieu, mon ami , ne t'éloigne pas , Je t'en prie , ne t'éloigne pas; je serai bientdt de retour ; et J'ai tant besoin d'être avec toi ! {Elle tort, )

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