‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 260 sur 319 · PIRMIN, GIRAUT, MARGELLE, AGATHE, THIBAUT · texte numérisé non relu

PIRMIN, GIRAUT, MARGELLE, AGATHE, THIBAUT

Agat. Bonjour, madame Marcelle : vous nous permettrez bien, à mon père et à moi , de venir demander à votre fils une dernière explication nécessaire à mon repos, et d'après laquelle je dois décider mon mariage. Vous savez peut-être ce qui s'est passé. ^

Marc Oui . je le sais , je le sais, mademoiselle ; et je ne conçois pas comment, après l'avoir trahi, après avoir manqué à toutes les pr<)messes, à tous les serments que vous lui aviez faits, vous veniez jusque chez lui faire parade de votre inconstance , et chercher de mauvaises raisons pour ré« péter que vous ne l'aimez plus.

Agat. Que je ne l'aime plusTÔ ciel! Et c'est lui qui m'a déclaré qu'il renonçait à ma main , qu'il ne voulait plus de mon cœur ; c'est lui qui , sans raison , sans sujet , sans brouillerie , est venu me rendre ma foi ! Mais je ne l'ai pas cru tui>même ; et c'est la première fois que j'ai douté de ce que Firmin m'a dit. < Firtnin veut parler.) Oui , Firmin , vous avez menti , j'en suis sûre; et il faut qu'un puissant motif vous ait forcé à ce mensonge; il faut que, par une cause inconnue que je ne puis pénétrer, Firmin , le fidèle Firmin , qui m'a toujours aimée et qui m'adore plus que jamais, se soit vu obtigé de dire qu'il renonçait à son Agathe. Ce qui me le prouverait , quand mon cœur ne me le dirait pas, c'est que, connaissant mon mépris pour l'amour de M. Giraut, il m'a conseillé de l'épouser.

Mabc, vivement. Giraut vous aime, et mon fils vous conseille de l'épouser? Ah! ma fille « ce seul mot m'éclaire, et je vais t'expliquer tout ceci. Je dois mille écus à M. Giraut : il fallait les payer aujourd'hui, ou être arrêtée. Mon fils a sacrifié sa maîtresse à sa mère; ie suis sftre que , pour me sauver, pour obtenir la quittance des mille écus , mon fils a cédé ton Gcpur ; j'en suis certahie , le mien me le dit. Viens , mon enfant , mon cher enfant, viens te jeter dans mes bras. Eh ! crois- tu que j'accepte tes dons? Mon fils, mon cher fils, depuis quand penses-tu que tu ne m'es pas plus

cher que inoi-mème? Moiuieiir Giraat, Toilà votre quittance; faites toat ce que vous voudrez.

AGAT.« prenait t le papier. Que Je suis heureuse ! et que je iui sais gré de tout ce qu'il m'a fait souffrir! Firmin, dès ce moment, Je vous aime cent fois plus que je ne vous aimais ; et recevez ici le serment que je vous fais, devant M. Giraut, de vous adorer Jusqu'à mon dernier soupir.

GiB. Tout cela est charmant Mais il me faut mon billet, ou mon argent.

AG4T. J'espère que je vais tout arranger. Lorsque Firmin m'a dit en pleurant qu'il ne m'aimait plus , Je me suis bien doutée que vous étiez pour qucUiue chose dans cet affreux mj'Stëre ; et, sans pouvoir le pénétrer, j'ai été me jeter aux pieds de madame la comtesse, ma marraine. Je savais que c'est aujourd'hui que devait se faire l'adjudication de sa ferme ; je la lui ai demandée pour moi-même, et je l'ai obtenue.

Gia. Comment?

Agat. Oui , monsieur Giraut, c'est moi qui suis fermière de madame la comtesse.

GiB. Mais je ne pressais tant madame Marcelle pour les mille écos qu'elle me doit, qu'afin de les donner à l'intendant de madame, pour qu'il me fit continuer mon baiL

Agat. Eh bien ! donnez-les-moi ; Je vous cède le mien. Bladame Harcelle sera quitte avec vous , vous resterez fermier, j'épouserai Firmin ; et tant le monde sera content.

TuiB. Non, tout le monde ne le serait pas. Je vous écoute tons, et je vous admire : chacun de vous tait son devoir, heureusement je pais faire le mien aussi. Voici quatre mille francs que je t'avais destinés, ma fiUe, et qu'un malheur arrivé à ton frère me forçait de lui porter anjoord'haî. Finnin était dans mon secret Gomme j'allais à la ville, j'ai troové mon fils en chemin, qui venait m'instruire que son voleur était pris, et l'ari^nit restitué. Je t'ai bien vite rapporté le tien. Voilà ta dot, ma fille; paye^lm sou billet, garde ta ferme , et qu'il demeure puni de Tinfâme marché qu'il avait fait avec Firmin.

AGAT. Mon père , c'est à vous de régler tout cela , c'est à tous de le punir; car, pour moi, je ne puis en vouloir à M. Giraut, et je lui pardonne de tout mon cœur d'avoir rendu mon amant le plus vertueux et le plus aimable de tous les hommes.

Thib., à Giraut. Tenez, monsieur, payez- vous.

GiB., prenant Vargent. Cela n'est pas pressé; mais enfin... poisqiie voilà l'argent , je m'en vais le compter chez moi , et Je vous reuTerrai le reste.

{Il tort.)

Thib. Ne l'oubliez pas, s'il vous plaît. Et vous, mes enfants, venez toui dans ma maison, où mon fils semble être arrivé exprès pour assister à vos noces.

FiBM . Ah ! monsieur Thibaut, ma chère Agathe, et vous, ma bonne mère. J'éprouve une Joie , un bonheur que tous mes chagrins n'ont pas trop payé.

MàBC. Sois heureux, mon fils, sois heureux ! tu le mérites si bien ! Pusses-tu être récompensé de ta vertu par un fils qui te ressemble !

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