‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 291 sur 319 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

Ableq., à part. Que veut-cUe dire? Je sais fort bien que Je n'ai pas plus de mémoire qu'un lièvre; mais je n'oublie Jamais ce qu'on me donne.

Bos. Eh bien ! me voilà : que yeux-tu?

Ablbq. Je Teux mon portrait : yoos me i'avex promb; il faut tenir sa parole.

Ros. Mais elle est acquittée ma parole ; et tu sais bien. ..

Ableq. Allons , allons, mademoiselle Rosette, finissons cette plaisanterie ; je n*aime point du tout qu'on badine sur ces choses-là. Qwind on est amou* reux tout de bon , ce n'est pas pour rire , mademoiselle.

Ros. Quoi *. sérieusement , tu yeux me soutenir que Je ne t*ai pas donné mon portrait?

Ablbq. Non, sans doute, vous ne me l'avez pas donné; vous m'avez dit de le venir reprendre avant la nuit , et je ne vous ai pas revue depuis ce moment

Ros. Arlequin?

Ablbq. Après.

Ros. Âvez-vous envie de me fâcher?

Ableq. Comment pourrais-tu te croire? Tta sais bien que j'en ai tremblé toute ma vie.

Ros. Eh bien! mon ami, finissons : songe à ce que tu m'as dit si souvent, que jamais il n'y aurait de querelle dans notre ménage t voudrais-Lu manquer à ta promesse dès la veille? Je ne l'ai pas mérité: j'ai fait pour toi tout ce que j*ai pu faire ; tu d^irais mon portrait, je te l'ai donné avec autant de plaisir que tu m'en as marqué en le recevant Tu Tas, garde-le ; n'en parlons plus, et je te souhaite le bonsoir.

( Elle veut s*en aller, Arlequin la relient.)

Ablbq. Ma bonne amie...

Ros. Eh bien ?

Ableq. n est possible que l'amour, le bonihenr de tous épouser demain, me troublent la cervelle : si cela est, vous devez avoir pitié du mal que vous m'avez fait. Redites-moi donc, par amitié, par complaisance, dans quel endroit, quand et comment vous avez eu tant de plaisir à me donner ce portrait?

Ros. Ici , Il n'y a pas un quart d'heure : je revenais de chez le peintre ; je t*ai trouvé frappant à ma porte ; je t'ai...

Arleq. Moi, je frappais à votre porte?

Ros. Sans doute. Je t'ai donné la boite où était le portrait ; et comme (n ni'avais'dit que ton maitre te refusait ce qu'il te doit, j'ai mis dans la boite II* peu d'argent que Je possédais.

Ableq. Comment , vous avez mis de l'argent dans la boite?

Ros. Oui, mon ami : en serais-tu fâché?

Arleq. Ni fâché ni bien aise ; cela ne fait rien à la ressemblance. En* RiiUe?

Ros. Ensuite? voilà tout.

Ableq. Et tout cela est vrai?

Ros., émue. Gomment! si cela est vrai?

Arleq. Et où l'ai-je mise cette boite?

Ros. Je Tai laissée dans vos mains. Auriez-vons le projet de rompre a\oc moi, en me niant tout ce que je viens dédire?

Arleq., cherchant dans sa poche. Oli ! non , ma lM)nne amie, oh ! mon l>ien non. Je t'aime trop pour ne pas te croire plus que je ne me crois luoi-méme. C'est singulier, voilà tout

&23 LES JDME4UI DE BEBGÀMB.

Koê.tplmMémHê. Quoi !▼<!■§ ne ▼ons fonveiiez pas. . .

ÀKJQ., cherchant toujours dans ses poches. Si fait , «i fait, ma bonne amie ; Je m'en reaaoQTiena à présent, je m'en ressouviens à roenreiUe. J«r ToiM remeKie de votre oonpiaisanoe, et {il soupire) dn portrait <|ue yoii» m'avez donné : Je ne le perdrai pas, c'est bien sûr.

Bos. Eu vérité , mon ami , Je crois que ta tête est an pen troublée : uMis cela ne peut me déplaire, et Je souliaite de ne te voir jamais plus sage. Adien, mon ami; il tsii mât tout à fait, je me retire. A demain ; tu ne l'oublieras pas. J'espère?

AUiQ. Non, sans doute; et Je vous réponds de ne pas me faire attendre. ( Elle rentre chez elle. Il fait nuit toutà/aii.)

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