‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 300 sur 319 · IDYLLE DE M. GESSNER · texte numérisé non relu

IDYLLE DE M. GESSNER

De grand matin Myrtil, sortant de la cabane, trouva Chloé , sa plus jeune tœar, occupée à tresser des guirlandes de fleurs. La rosée brillait sur toutes les fleurs, et à la rosée se mêlaient les larmes de la petite CUoé.

Mtbt. Clière CUoé, que veux-tu' faire de ces guirlandes? Hélas! tu pleures.

Chl. Et ne pleures-tu pas toi-même, cher Myrtil? Mais qui ne pleurerait comme nous? L'as- tu vue, notre mère? dans quelle tristesse elle est plongée ! Comme, avant de nous quitter, elle pressa nos mains dans les siennes , en détournant de nous ses yeux baignés de larmes !

Mybt. Je Tai vue comme toi. Hélas! notre père, sans doute il est plus mal encore qu'il n'était hier.

Cbl. Ah! mon frère , s'il doit mourir ! Comme il nous aime , comme il nous embrasse lorsque nous faisons ce qu'il aime , ce qui platt aux dieux !

Mybt. O ma sceur, comme tout est triste! En vain mon agneau vient me caresser ; j'oublie presque de lui donner à manger. En vain mon ramier voltige sur mes épaules , et cherche à me becqueter les lèvres et le menton ; rien , non, rien ne saurait me rappeler à la joie. O mon père, si tu meurs , je Teux mourir aussi !

Chl. Hélas! il t'en souvient; ce bon père, il y a cinq jours qu'il nous prit tous deux sur ses genoux, et qu'il se mit à pleurer.

Mtbt. Oui, Chloé, il m'en souvient. Comme il nous remit à terre, comme il devint pâte! t Je ne peux plus yom tenir, mes enfants ; je me trouve maL.. très-mal. » A ces mots, il se traîna dans son lit. Depuis ce jour, il est malade.

Chl. Et depuis ce jour son mal a toujours augmenté. Écoute, mon frère , quel est mon dessein. Dès l'aube du jour je suis sortie de la cabane pour cueillir des fleurs nouvelles, et pour en faire ces guirlandes. Je vais les porter au pied de la statue de Pan. Notre mère ne dit-elle pas toujours que les dieux sont bons, que les dieux aiment à exaucer les vœux de l'innocence? J'irai, j'offrirai ces guirlandes au dieu Pan. Et vois-tu dans cette cage tout ce que j'ai de plus cher, mon petit oiseau? Eh bien ! je yeux l*immoler encore au dieu.

Mybt. O ma chère eceur ! je veux aller avec toi... Je te prie, attends un instant Je vais chercher ma corbeille, elle est pleine des plus beaux fruits; et mon ramier, je veux aussi l'immoler au dieu Pan.

Il courut, et fut bientôt de retour. Alors ils allèrent ensemble au pied de la statue. Elle était située non loin de là , sur une colline, au milieu des sapins les plus touffus. Là , s'étant mis à genoux, ils invoquèrent ainsi le dieu des champs :

Chl. o Pan , protecteur de nos hameaux , écoute favorablement nos prières ! reçois nos faible» offrandes ! C'est tout ce que des enfants peu veut

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VofTiir. le poie ces gatrlandes à tes pieds; si je pouvais attôndre pl« haut, J'en voudrais couronner ton front J*en voudrais ceindre tes épaules. Sauve f ô Pan , sauve notre père ! rends-le à ses pauvres enfanist

Mtbt. Je t'apporte ces fruits; ce sont les plus beaux que J'aie pu cuefllir dans nos v^ers t reçois-les favorablement Je t'aurais sacrifié la plus belle chèvre du troupeau ; mais elle aurait été plus forte que mm. Quand )e serai plus grand , je t*en sacrifierai deux toutes les années , pour avoir rendu notre père à nos voeux. Rends, 6 dieu secourable , rends 1^ santé au meilleur des pères!

Cbl. Je vais t'immoler cet oiseau , 6 dieo secourable l c^est tout œ «ine j'ai de plus cher. Regarde, il vole sur ma main pour me demander sa nourriture; mais Je veux , 6 Pan, je veux te l'immoler.

Mybt. Et mol, je vais t'immoler ce ramier. Il se joue, il me caresse; mais Je veux te l'immoler, pour que tu nous rendes notre père. Exauce, ô Pan, exauce nos voeux !

Déii lenn petites mains tremblantes saisissaient les victimes , lorsqu'une voix se fit entendre: « Les dieuxaimentàenncer les voeux de l'innooenoes aimables enluits,n*imniolex point ce qui fait vos délices; votre père est rendu à la vie. »

Et Hénalque recouvra la santé. Heureux de la piété de ses enfants, il alla ce jour mèoie, avec toute sa famille, offrir un sacrifice an dieu. Il vécut eomblé de bénédictions, et vit les enfants de ses enfants.

N. B. CcA de cette charmante Idylle qu'on a tiré le sujet de la pastorale snivante. Mais , comme il n'est Jamais permis de copier , on y a fait plosieiiis changements , dont le pins considérable est de n'avoir pas rendu MyrtU et CWoé frère etaoMir.

MYRTIL ET CHLOE,

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