‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 302 sur 319 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

HTRTIL, CHLOÉ.

Mybt. Quoi! ma bonne amie, tous êtes déjà levée? Eb f où aUez-von» fli matin?

Chl. Tallais vous chercher , mon bon ami. Il y a bien longtemps qnn nous nous sommes quittés hier au soir.

Mybt. Ah ! la belle houlette! je ne vous l'avais Jamais vue. Qui vous Ta donnée, Chloé?

Cbl. Cest un secret, Myrtil. Ah ! les jolis oiseant ! Vous ne m'aviei pat enseigné leur nid. A qui les donnerez-vous, Myrtil ?

Mtbt. C'est un secret , Chloé.

Col. Vous regardez bien cette houlette!

Mtbt. Vous regardez bien ces tourterelles!

Cbl. Allons , mon ami , Je vais tout vous dire.

Mybt. Moi , Je ne vous cacherai rien.

Chl. C'est pour vous.

MvBT. Cest pour vous.

Cbl. Depuis plus d'un mois je travaille en cachette à découper, avec mon couteau, Técorce de cette houlette. Le bois est bien dur, ma main est bien faible ; et comme je travaillais pour vous. Je n'ai Jamais voulu que personne m'aidât. Voilà pourquoi , mon ami , Touvrage a été si long. Et puis , c*est que J'ai gravé tout au haut de la houlette la première lettre d« votre nom i c'est la seule que Je sache écrire. Hier au soîr, tout a été fini ; je n'ai pas dormi de plaisir. Dès que le chant de Talouette m'a avertie quMl faisait jour, je me suis levée ; j'ai cueilli des fleurs pour en orner la houlette; j'allais la poser à la porte de votre cabane, et me cacher parmi les égJaotiers qui sont tout prés. Mais j'ai beau me lever matin , MjTtil est plus matinal ; j'ai beau vouloir lui cacher quelque chose, il sait tonjours mes secrets aussitôt que moi.

632 MYBTIL ET GHLOÉ.

Mybt. Et moi , dfipufs plus de qainxe jours J*ai découvert ce nid de tourterelles dans le petit bois de la colline. Mais les toartcrelles l'avalent placé tout au haut d*nn jenne chêne dont la tige était trop faible poor me porter. Je ne pouvais pas y monter, je ne pouvais m*aider d*aiicon arbre voisin, et je risquais, en pliant le jeune cbène, ou de le casser, ou d*errrayer les tourterelles , ou de faire tomber les petits.

Ghl. Comment avez-vous donc tait, mon ami?

Mybt. J*ai attaché le bout de ma fronde à la tige du jenne cbéne, aussi haut que mes deux mains ont pu atteindre» ensuite j'ai noué Pautre bout à la racine d'un arbre voisib , et chaque jour j^aUais resserrer le nœud en raccourcissant le lien ; chaque jour insensiblement le nid s'est approché de moi , sans que l'arbre ait cassé , sans que les tourterelles s'en soient aperçues. Pendant ce temps les petits ont grandi, et mon espérance avec eux. Enfin , ce matin , le nid est arrivé k la hauteur de mon visage, et j*ai vn les deux tourtereaux qui ouvraient le bec , en croyant que j*é* tais leur mère. J'ai vite enlevé le nid ; j'allais le poser à la porte de votre cabane , sar ce petit lilas que nous plantâmes ensemble il y a un an. Mais je ne peux jamais réussir à vous surprendre, Chloé ; et comme je vous cherche toujours , je vous rencontre partout

Ghl. Eh bien l mon ami , faisons tout comme si nos projets avaient réussi. Prenpz cette houlette, et donnez-moi vos tourterelles. ( Myrtil donne les oiseaux , et reçoit la houlette. )

Mtbt., regardant la houlette^ Àh! qp'elle est belle, Ghloé! tous les bergers vont me l'envier ; et moi je leur dirai t Vous Tenvieriez bien davantage r si vous saviez qui me l'a donnée l

Cul., caressant les tourterelles. Vos tourterelles sont charmantes, mon ami; elles sont blanches comme ces lis que vous me donnâtes l'autre jour , et elles sont douces comme vous.

Mïkt. Ma bonne amie» promettez-moi que vous les garderez toujours.

Gbl. Oh ! de tout mon coeur 1 Biais il faut me promettre aussi que vous ne quitterez jamais ma houlette..

Mybt. Ecoutez : voilà le temple de l'Amour; venez y recevoir ma pro* messe , et me donner la vôtre.

Chl. Non, Myrtil; ma mère m'a défendu d*entrer dans ce temple, à moins qu*eUe ne m'y conduisit. Je ne veux point déâobéîr à ma mère.

Mybt. Vous avez raison, Chloé; j*aimerais mieux mourir aussi que de déplaire à mon père. Mais, sans entrer dans le temple, nous pouvons nous mettre à genoux ici , et nous jurer devant l'Amour, qui nous entendra bien de là-bas, que jamais ces doux présents ne sortiront de nos mains.

Cul. Je le veux, bien; mais il ne faut pas jurer; nous ne sommes pas assez grands pour cela. Promettons, c^est assez pour que nous soyons tranquilles.

Mybt. A labonne heure. Ecoutez-moi bien, Chloé; puis vous direz comme nu».

Chl. Peut-être..

( Myrtil se met à genoux , en se tournant un peu vers le temple de

l'Amour, )

Myrt. Tendre Amour, roi de la nature, {basa Chloé) c'est comme cela qu'il s'appelle, ( haut) rendez Myrtil le phis infortuné des bergers, s'il quitte un seul moment cette belle houlette ! Je suis encore trop enfant pour posséder un troupeau, cette houlette est mon seul trésor ; quand je

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