‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 9 sur 319 · LE CALIFE · texte numérisé non relu

LE CALIFE

Autrefois dans Bagdad le calife Almamon

Fit bâtir un palais plus beau , plus magnifique ,

Que ne le fut jamais celui de Salomon.

Cent colonnes d'albâtre en formaient le portique ;

L'or, le jaspe , l'azur , décoraient le parvis ;

Dans les appartements embellis de sculpture ,

Sous des lambris de cèdre , on voyait réunis

Et les trésors du luxe et ceux de la nature ,

Les fleurs , les diamante , les parfums , la verdure,

Les myrtes odorante , les chefe^'œuvre de l'art ,

Et les fontaines jaillissantes

Roulant leurs ondes bondissantes

A côté des lits de brœard.

30 FABLBS.

Près de ce beau palais, juste devant l'entrée. Une étroite chaumière , antique et délabrée , D'un pauvre tisserand était l'humble réduit.;

Là , content du petit produit D'un grand travail, sans dette et sans soucis pénibles.

Le bon vieillard , libre , oublié ,

Coulait des jours doux et paisibles ,

Point envieux , point envié.

J'ai déjà dit que sa retraite

Masquait le devant du palais.

Le vizir veut d'abord , sans forme de procès,

Qu'on abatte la maisonnette ; Mais le calife veut que d'abord on l'achète. Il fallut obéir : on va chez l'ouvrier. On lui porte de l'or, rïon , gardez votre somme.

Répond doucement le pauvre homme ; Je n'ai besoin de rien avec mon atelier : Et quant à ma maison , je ne puis m'en défaire ; C'est là que je suis né, c'est là qu'est mort mon père;

Je prétends y mourir aussi.

Le calife , s'il veut , peut me chasser d'ici ,

Il peut détruire ma chaumière :

Mais , s'il le fait , il me verra Venir , chaque matin , sur la dernière pierre

M'asseoir, et pleurer ma misère.

Je connais Almamon , son cœur en gémira. Cet insolent discours excita la colère Du vizir, qui voulait punir ce téméraire, Et sur-le-champ raser sa chétive maison.

Mais le calife lui dit : ISon , J'ordonne qu'à mes frais elle soit réparée.

Ma gloire tient à sa durée :

Je veux que nos neveux , en la considérant , Y trouvent de mon règne un monument auguste; En voyant le palais , ils diront : Il fut grand; En voyant la chaumière) il^iront ; 11 fut juste.

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