‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 95 sur 319 · LE HÉRISSON ET LES LAPII9S · texte numérisé non relu

LE HÉRISSON ET LES LAPII9S

Il est certains esprits d*un naturel hargneui Qui toii^oursont besoin de guerre;

Ils aiment à piquer , se plaisent à déplaive. Et montrent pour cela des talents merreiileu^ .

Quant à moi , je les fuis sans cesse , Eussent-ils tous les dons et tous les attrilNits ; Vy veux de Tindulgence ou de la politesse :

C'est la parure des vertus.

Un bérisson y qu'une tracasserie Avait forcé de quitter sa patrie ,

Dans un grand terrier de lapins

Vint porter sa misanthropie.

Il leur conta ses longs chagrins, Contre ses ennemis ^xhala bien sa bile , Et finit parprier les hâtes souterrains

De vouloir lui donner asile.

Volontiers , lui dit le doyen :

Nous sommes bonnes gens, nous vivons comme frères, Et nous ne connaissons ni le tien ni le mien ; Tout est commun ici : nos plus grandes affaires

Sont d'aller, dès l'aube du jour, Brouter le serpolet, jouer sur l'herbe tendre : Chacun, pendant ce temps , sentmelle |i son tour, Veille sur le chasseur qui voudrait nous surprendre. S'il l'aperçoit , il frappe , et nous voilà blottis.

Avec nos femmes, nos petits,

Dans la gaieté, dans la concorde^ Nous passons les instants que le del nous accorde.

Souvent ils sont prompts à finir ; Les panneaux, les furets abrègent notre vie :

Raison de plus pour en jouir.

Du moins par l'amitié, l'amour et le plaisir, Autant qu'elle a duré, nous l'avons embellie :

Telle est notre philosophie.

Si cela vous convient, demeurez avec nous ,

Et soyez de la colonie ; Sinon , faites l'honneur à notre compagnie

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D'accepter à dtnet , puis retournez chez vous.

A ce discours plein de sagesse , Le hérisson repart qu'il sera trop heureux

De passer ses jours avec eux.

Alors chaque lapin s'empresse

D'imiter Thonnéte doyen ,

Et de lui aire politesse»

Jusques au soir tout alla bien .

Mais lorsqu'aj[Mrès souper la troupe réunie Se mit à deviser des affîiires du tempe,

Le hérisson , de ses piquants Blesse un jeune lapin. Doucement, je vous prie ,

Lui dit le père de l'enfant..

Le hérisson , se retournant , Iik pique deux , puis trois , et puis un quatrième. On murmure, on se fâche, on l'entoure en grondant Messieurs , s'écria-t-il , mon regret est extrême ; Il fiiut me le passer, je suis ainsi bâti,

Et je ne puis pas me refondre.

Ma foi , dit le doyen , en ce «as , mon ami ,

Tu peux aller te faire tondre.

FABLE XVIIL

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