‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 98 sur 319 · L'AUTEUR ET LES SOURIS · texte numérisé non relu

L'AUTEUR ET LES SOURIS

Un auteur se plaignait que ses meilleurs écrits

Étaient rongés par les souris ;

Il avait beau changer d'armoire,

Avoir tous les pièges à rats, Et de bons chats, Rien n'y faisait ; prose, vers, drame, histoire. Tout était entamé ; les maudites souris Ne respectaient pas plus un héros et sa gloire,

Ou le récit d'une victoire,

Qu'un petit bouquet à Chloris.

Notre homme au désespoir, et l'on peut bien m'en croire : Pour y mettre un auteur peu de chose suffit. Jette un peu d'arsenic au fond de Técritoire y

Puis dans sa colère il écrit.

Comme il le prévoyait, les souris grignotèrent y. Et crevèrent.

€'est bien fait, direz-vous; cet auteur eut raison^ Je suis loin de le croire : il n'est point de volume

Qu'on n'ait mordu, mauvais ou bon ;

Et l'on déshonore sa plume

En la trempant dans du poison.

FABLE XXI

ïi'AIGLE ET LE HIBOU.

A nucis.

L'oiseau qui porte le tonnerre.

Disgracié, banni du céleste séjour Par «ne cabale de cour.

LIVHE V. in

S^en vint habiter sur la terre :

Il errait dans les bois, songeant à sou malheur

Triste, dégoûté de la vie,

Malade de la maladie

Que laisse après soi la grandeur.

Un vieux hibou, du creux d'un hêtre, L^entend gémir, se met à sa fenêtre.

Et lui prouve bientôt que la félicité Consiste dans trois points : travail, paix et santé.

L*aigle est touché de ce langage.

Mon frère 4 répond-il (les aigles sont polis Lorsqu'ils sont malheureux), que je vous trouve sage! Combien votre raison , vos excellents avis. M'inspirent le désir de vous voir davantage.

De vous imiter, si je puis !

Minerve , en vous plaçant sur sa tête divine,

Connaissait bien tout votre prix;

C'est avec elle, j^imagine.

Que vous en ave2 tant appris.

Mon , répond le hibou , j'ai bien peu de science ; Mais je sais me suffire , et j'aime le silence. L'obscurité surtout. Quand je vois des oiseaux Se disputer entre eux la force , le courage. Ou la beauté du chant, ou celle du plumage, Je ne me mêle point parmi tant de rivaux.

Et me tiens dans mon ermitage.

Si malheureusement le matin, dans le bois, Quelque étourneau bavard, quelque méchante pie M'aperçoit, aussitôt leurs glapissantes voix Appellent de partout une troupe étourdie.

Qui me poursuit et m'injurie :

Je souffre, je me tais; et, dans ce chamaillis,

Seul, de sang-froid et sans colère, M 'esquivant doucement de taillis en taillis, Je regagne à la'fin ma retraite si chère. Là , solitaire et libre, oubliant tous mes maux.

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Je laisse les soucis, le$ oraintes à la porte ; Voilà tout mon savoir : Je nC abstiens, je supporte} La sagesse est dans ces deux mots.

Tu me Tas dit cent fois , cher Ducis ; tes ouvrages.

Tes beaux vers , tes nombreux succès , rïe sont rien à tes yeux > auprès de cette paix

Que rinnocence donne aux sages.

Quand , de l'Eschyle anglais heureux imitateur.

Je te vois , d'une main hardie,

Porter sur la scène agrandie Les crimes de Macbeth , de Léar le malheur, La gloire est un besoin pour ton âme attendrie. Mais elle est un fardeau pour ton sensible oœur. Seul , au fond d'un désert, au bord d^une onde pure. Tu ne veux que ta l3rre , un saule, et la nature :

Le vain désir d'être oublié

T'occupe et te charme sans cesse ;

Ah ! souffre au moins que. l'amitié

Trompe en ce seul point ta sagesse.

FABLE XXIL

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