LE PROCES DES DEUX RENARDS
U VH K V
Devait payer son maître à la première cause Qu’il gagnerait : ainsi la chose Avait été réglée et d’une et d’autre part.
Son cours étant fini, mon écolier renard Intente un procès à son maître,
Disant qu’il ne doit rien. Devant le léopard Tous les deux s’en vont comparaître.
Monseigneur, disait l’écolier,
Si je gagne, c’est clair, je ne dois rien payer ;
Si je perds, nulle est sa créance ;
Car il convient que l’échéance N’en devait arriver qu’après Le gain de mon premier procès :
Or, ce procès perdu, je suis quitte, je pense; Mon dilemme est certain. Nenni, Répondait aussitôt le maître,
Si vous perdez, payez ; la loi l’ordonne ainsi ;
Si vous gagnez, sans plus remettre,
Payez ; car vous avez signé Promesse de payer au premier plaid gagné : Vous y voilà. Je crois l’argument sans réponse. Chacun attend alors que le juge prononce,
Et l’auditoire s’étonnait Qu’il n’y jetât pas son bonnet.
Le léopard rêveur prit enfin la parole.
Hors de cour, leur dit-il ; défense à l’écolier De continuer son métier,
Au maître de tenir école.