‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 118 sur 142 · LA COLOMBE ET BON NOURRISSON · texte numérisé non relu

LA COLOMBE ET BON NOURRISSON

Les tourments qu’il' me causera,

Seront encor des biens pour mon âme ravie :

Quel plaisir vaut ces soucis-là?

Cela dit, dans le nid la colombe établie Se meta couver l’œuf, et le couve si bien Qu’elle ne le quitte pour rien,

Pas même pour manger : l’amour nourrit les mères. Après vingt et un jours elle voit naître enfin Celui dont elle attend son bonheur, son destin,

Et ses délices les plus chères.

De joie elle est prête à mourir;

Auprès de son petit nuit et jour elle veille,

L’écoute respirer, le regarde dormir,

S’épuise pour le mieux nourrir.

L’enfant chéri vient à merveille,

Son corps grossit en peu de temps :

Mais son bec, ses yeux et ses ailes Diffèrent fort des tourterelles :

La mère les voit ressemblants.

A bien élever sa jeunesse Elle met tous ses soins, lui prêche la sagesse,

Et surtout l’amitié, lui dit à chaque instant :

Pour être heureux, mon cher enfant,

Il ne faut que deux points : la paix avec soi-même;

Puis quelques bons amis dignes de nous chérir.

La vertu de la paix nous fait seule jouir ;

Et le secret pour qu’on nous aime,

C’est d’aimer les premiers, facile et doux plaisir.

UV«K V.

Ainsi parlait la tourterelle, Quand, au milieu de sa leçon.

Un malheureux petit pinçon,

Echappé de son nid, vient s’abattre auprès d’elle. Lejeune nourrisson à peine l'aperçoit,

Qu’il court à lui : sa mère croit Que c’est pour le traiter comme ami, comme frère, Et pour offrir au voyageur Une retraite hospitalière.

Elle applaudit déjà : mais quelle est sa douleur Lorsqu’elle voit son fils, ce fils dont la jeunesse N’entendit que leçons de vertu, de sagesse,

Saisir le faible oiseau, le plumer, le manger.

Et garder, au milieu de l’horrible carnage,

Ce tranquille sang-froid, assuré témoignage Que le cœur désormais ne peut se corriger !

Elle en mourut, la pauvre mère.

Quel triste prix des soins donnés à cet enfant !

Mais c’était le fils d’un milan :

Bien ne change le caractère.

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