LE LÉOPARD ET L'ÉCUREUIL
U VH F V. 225
Embellissent tes jours , ne te quittent jamais,
Tandis que moi , roi des forêts,
Je suis si triste et je m’ennuie.
— Sire, lui répond l’écureuil ,
Je dois à votre bon accueil La vérité; mais, pour la dire,
Sur cet arbre un peu haut je voudrais être assis.
— Soit, j’y consens : monte. — J’y suis.
A présent je peux vous instruire.
Mon grand secret pour être heureux C’est de vivre dans l’innocence :
L’ignorance du mal fait toute ma science;
Mon cœur est toujours pur, cela rend bien joyeux.
Vous ne connaissez pas la volupté suprême De dormir sans remords; vous mangez les chevreuils, Tandis que je partage à tous les écureuils Mes feuilles et mes fruits ; vous haïssez , et j’aime :
Tout est dans ces deux mots. Soyez bien convaincu De cette vérité que je tiens de mon père :
Lorsque notre bonheur nous vient de la vertu ,
La gaîté vient bientôt de notre caractère.