LE CALIFE
Une étroite chaumière, antique et délabrée,
D’un pauvre tisserand était l’humble réduit.
Là, content du petit produit D’un grand travail, sans dette et sans soucis pénibles, Le bon vieillard, libre, oublié,
Coulait des jours doux et paisibles,
Point envieux, point envié.
J’ai déjà dit que sa retraite Masquait le devant du palais.
Le visir veut d’abord, sans forme de procès,
Qu’on abatte la maisonnette;
Mais le calife veut que d’abord on l’achète.
11 fallut obéir : on va chez l’ouvrier,
On lui porte de l’or. — Non, gardez votre somme, Répond doucement le pauvre homme ;
Je n’ai besoin de rien avec mon atelier :
Et, quant à ma maison, je ne puis m’en défaire;
C’est là que je suis né, c’est là qu’est mort mon père, Je prétends y mourir aussi.
Le calife, s’il veut, peut me chasser d’ici,
Il peut détruire ma chaumière;
Mais, s’il le fait, il me verra Venir, chaque matin, sur la dernière pierre M’asseoir et pleurer ma misère.
Je connais Almamon, son cœur en gémira.
Cet insolent discours excita la colère Du visir, qui voulait punir ce téméraire Et sur-le-champ raser sa chétive maison.
Mais le calife lui dit : Non !
J’ordonne qu’à mes frais elle soit réparée;
Ma gloire tient à sa durée :
Je veux que nos neveux, en la considérant,
Y trouvent de mon règne un monument auguste ; En voyant le palais ils diront : Il fut grand;
En voyant la chaumière ils diront : Il fut juste.
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