‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 6 sur 142 · LE BOEUF, LE CHEVAL ET L ANE · texte numérisé non relu

LE BOEUF, LE CHEVAL ET L ANE

n bœuf, un baudet, un cheval,

Se disputaient la préséance.

Un baudet! direz-vous; tant d’orgueil lui sied mal .

A qui l’orgueil sied-il? et qui de nous ne pense Valoir ceux que le rang, les talents, la naissance,

Elèvent au-dessus de nous ?

Le bœuf, d’un ton modeste et doux, *

Alléguait ses nombreux services,

Sa force, sa docilité;

Le coursier sa valeur, ses nobles exercices ,

Et l’âne son utilité.

Prenons, dit le cheval, les hommes pour arbitres.

En voici venir trois, exposons-leur nos titres.

Si deux sont d’un avis, le procès est jugé.

Les trois hommes venus, nôtre bœuf est chargé D’être le rapporteur: il explique l’affaire,

Et demande le jugement.

Un des juges choisis, maquignon bas-normand,

Crie aussitôt : La chose est claire,

Le cheval a gagné. — Non pas, mon cher confrère.

Dit le second jugeur : c’était un gros meunier;

L’âne doit marcher le premier :

Tout autre avis serait d’une injustice extrême.

Oh ! que nenni ! dit le troisième,

Fermier de sa paroisse et riche laboureur ;

Au bœuf appartient cet honneur.

— Quoi ! reprend le coursier, écumant de colère,

Votre avis n’est dicté que par votre intérêt?

Eh ! mais, dit le Normand, par quoi donc, s’il vous plaît? N’est-ce pas le code ordinaire?

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