‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 60 sur 142 · L I V K K II · texte numérisé non relu

L I V K K II

Sa patte dont il fait éponge.

Dans du millet en grain aussitôt il la plonge;

Le grain s'attache tout autour.

Alors à cloche-pied , sans bruit, par un détour,

Il va gagner le champ, s’y couche La patte en l’air et sur le dos,

Ne bougeant non plus qu’une souche.

Sa patte ressemblait à l’épi le plus gros ;

L’oiseau s’y méprenait, il approchait sans crainte, Venait pour becqueter ; de l’autre patte , crac !

Voilà mon oiseau dans le sac.

Il en prit vingt par cette feinte.

Un moineau s’aperçoit du piège scélérat ,

Et prudemment fuit la machine;

Mais dès ce jour il s’imagine Que chaque épi de grain était patte de chat.

Au fond de son trou solitaire Il se retire , et plus n’en sort ,

Supporte la faim , la misère ,

Et meurt pour éviter la mort.

On ne trouvait point de fontaine.

Près de là seulement était un grand jardin Rempli de beaux cédrats , d’oranges, de raisin.

A Dieu ne plaise que j’en mange !

Dit le roi , ce jardin courrait trop de danger; Si je me permettais d’y cueillir une orange. Mes visirs aussitôt mangeraient le verger.

Page 1