L I V K K II
Sa patte dont il fait éponge.
Dans du millet en grain aussitôt il la plonge;
Le grain s'attache tout autour.
Alors à cloche-pied , sans bruit, par un détour,
Il va gagner le champ, s’y couche La patte en l’air et sur le dos,
Ne bougeant non plus qu’une souche.
Sa patte ressemblait à l’épi le plus gros ;
L’oiseau s’y méprenait, il approchait sans crainte, Venait pour becqueter ; de l’autre patte , crac !
Voilà mon oiseau dans le sac.
Il en prit vingt par cette feinte.
Un moineau s’aperçoit du piège scélérat ,
Et prudemment fuit la machine;
Mais dès ce jour il s’imagine Que chaque épi de grain était patte de chat.
Au fond de son trou solitaire Il se retire , et plus n’en sort ,
Supporte la faim , la misère ,
Et meurt pour éviter la mort.
On ne trouvait point de fontaine.
Près de là seulement était un grand jardin Rempli de beaux cédrats , d’oranges, de raisin.
A Dieu ne plaise que j’en mange !
Dit le roi , ce jardin courrait trop de danger; Si je me permettais d’y cueillir une orange. Mes visirs aussitôt mangeraient le verger.