‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 65 sur 142 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

Ouvrant de toutes parts son sein,

Haletait sous un ciel d’airain.

Point de pluie et point de rosée.

Sur un sol crevassé l’on voit noircir le grain ;

Les épis sont brûlés , et leurs têtes penchées Tombent sur leurs tiges séchées.

On trembla de mourir de faim ;

La commune s’assemble. En hâte on délibère ,

Et chacun , comme à l’ordinaire ,

Parle beaucoup et rien ne dit.

Enfin quelques vieillards, gens de sens et d’esprit , Proposèrent un parti sage :

Mes amis , dirent-ils , d’ici vous pouvez voir Ce mont peu distant du village ;

Là se trouve un grand lac, immense réservoir Des souterraines eaux qui s’y font un passage.

Allez saigner ce lac ; mais sachez ménager Un petit nombre de saignées,

Afin qu’à votre gré vous puissiez -diriger Ces bienfaisantes eaux dans vos terres baignées.

Juste quand il faudra nous les arrêterons.

Prenez bien garde au moins.. . Oui, oui, courons, courons, S’écrie aussitôt l’assemblée.

Et voilà mille jeunes gens

Armés d’hoyaux , de pics, et d’autres instruments,

Qui volent vers le lac; la terre est travaillée Tout autour de ses bords ; on perce en cent endroits A la fois.

D’un morceau de terrain chaque ouvrier se charge ;

Courage, allons ! point de repos !

L’ouverture jamais ne peut être assez large.

Cela fut bientôt fait. Avant la nuit les eaux ,

Tombant de tout leur poids sur leur digue affaiblie ,

De partout roulent à grands flots.

Transports et compliments de la troupe ébahie,

Qui s’admire dans ses travaux.

Le lendemain matin ce ne fut pas de même ;

On voit flotter les blés sur un océan d’eau ;

Pour sortir du village il faut prendre un bateau ;

Tout est perdu , noyé. La douleur est extrême ;

On s’en prend aux vieillards. C’est vous, leur disait-on , Qui nous coûtez notre moisson ;

Votre maudit conseil... Il était salutaire,

Répondit un d’entre eux ; mais ce qu’on vient de faire Est fort loin du conseil comme de la raison .

Nous voulions un peu d’eau , vous nous lâchez la bonde ; L’excès d’un très-grand bien devient un mal très-grand : Le sage arrose doucement ,

L’insensé tout de suite inonde.

Ll'. SANGLIER Kl LES ROSSIGNOLS.

n homme riche, sot et vain, Qualités qui parfois marchent de compagnie,

Croyait pour tous les arts avoir un goût divin ,

Et pensait que son or lui donnait du génie.

Chaque jour à sa table on voyait réunis Peintres, sculpteurs, savants, artistes, beaux-esprits, Qui lui prodiguaient les hommages,

Lui montraient des dessins, lui lisaient des ouvrages, Ecoutaient les conseils qu’il daignait leur donner,

Et l’appelaient Mécène en mangeant son dîner.

Se promenant un soir dans son parc solitaire ,

Suivi d’un jardinier, homme instruit et de sens ,

Tl vit un sanglier qui labourait la terre,

Imprimerie, de Lë.mzirchasid

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