LE RENARD DEGUISE
Là , contant ses exploits , et puis les injustices ,
Les dégoûts qu’il eut à souffrir,
Il demande pourquoi de si nombreux services N’ont jamais pu rien obtenir.
Le bonhomme renard, avec sa voix cassée ,
Lui dit : Mon cher enfant, la semaine passée,
Un blaireau , mon cousin , est mort dans ce terrier :
C’est moi qui suis son héritier,
J’ai conservé sa peau ; mets-la dessus la tienne Et retourne à la cour. Le renard avec peine Se soumit au conseil ; affublé de la peau De feu son cousin le blaireau ,
Il va se regarder dans l’eau d’une fontaine,
Se trouve l’air d’un sot, tel qu’était le cousin.
Tout honteux, de la cour il reprend le chemin.
Mais, quelques mois après , dans un riche équipage , Entouré de valets, d’esclaves, de flatteurs,
Comblé de dons et de faveurs ,
Il vient de sa fortune au vieillard faire hommage :
Il était grand-vizir. Je te l’avais bien dit,
S’écrie alors le vieux grand-père ;
Mon ami , chez les grands quiconque voudra plaire Doit d’abord cacher son esprit.
LE DElîVIS, LA CORNEILLE ET LE FAUCON.
N de ces pieux solitaires Qui, détachant leur cœur des choses d’ici-bas,
Font vœu de renoncer à des biens qu’ils n’ont pas , Pour vivre du bien de leurs frères,
Un dervis, en un mot , s’en allait mendiant Et priant ,
Lorsque les cris plaintifs d’une jeune corneille,
Par des parents cruels laissée en son berceau Presque sans plume encor , vinrent à son oreille.
Notre dervis regarde, et voit le pauvre oiseau Allongeant sur son nid sa tête demi-nue;
Dans l’instant, du haut de la nue,
Un faucon descend vers ce nid;
jm