‹ Fables de Fontaine avec les notes de ChampfortChapitre 64 sur 86 · V. a. Passe encor de bâtir , mais planter à cet âge · texte numérisé non relu

V. a. Passe encor de bâtir , mais planter à cet âge

Ce vers est devenu proverbe , et on le cite .souvent à l'occasion de ceux qui se sont mis dans le même cas. Le discours des jeunes geny est assez raisonnable , mais il y a un mot qui ne convient qu'à d«fi étourdis , c'est celui , du vcrs.4 : Assurément il radotait,,

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Notes, Liv. XI.

On verra pourquoi La Fontaine leur prête ce propos assez impertinent.

y. 11. Quittei le long espoir et les vastes pensées. Quelle force de sens et quelle précision !

^ y. 12. Tout cela ne convient qu'à nous. ^

Mot important, yoilà le sentiment qui les fait parler. La réponse

du vieillard est admirable et cause une sorte de surprise. Le lecteur trouvait , comme ces jeunes gens , que ce vieillard est assez peu sensé. Le premier mot de sa réplique annonce un sage :

y. i3. Il ne convient pas à vous-'mémes ,

Cinq ou six vers après on voit que c'est un sage trcs-aimable.

y. ai. Mes arrière ' neveux me devront cet ombrage : Hé bien , défendéi-vous au sage De se donner des soins pour le plaisir d'autrui ?

La jouissance des autres est la sienne.

y. 24. Cela même est un fruit que je goâte aujourd'hui i

Quel mélange de sentiment et de véritable philosophie !

y. 26. Je puis enfin compter l'aurore

Flus d'une fois sur vos tombeaux.

A la vérité ce mot est un peu dur , mais il Pest beaucoup moins que le propos de ces jeunes gens : Assurément il radotait. J'aroue que je voudrais que le vieillard eût encore été plus doux et plus aimable , qu'il eût dit avec encore plus de bonté :

Et même y avec regret, je puis compter l'aurore ^ Plus d'une fois sur vos tombeaux,

yient ensuite le récit trt'S-rapide de la mort des trois jeunes gens ; mais ce qui est parfait, ce qui ajoute à l'intérêt qu'on prcud à ce vieillard et à la force de la hv on , ce sont les deux derniers vers :

Et pleures du vieillard , il grava' sur leur marbre Ce que je viens de raconter.

Il les pleure, il s'occupe tlu soin d'honorer leur mémoire ; il leur élj^ve un cénotaphe , ce qui suppose un intérêt tendre y car enfin Irurs corps étalent disperses. Jli La Fontaine , voyez comme il s'elïace ,

Notes, Liv. XI. 343

conimr il est oublie , comme il a disparu ! Il n^est pour rien dans tout ceci. Il n'est point l'auteur de cette fable ; l'honneur ne lui en est pas dû , il n'a fait que la copier d'après le marbre sur lequel le vieillard l'avait gravée. On dirait que La Fontaine , dt'-ja vieux , et attendri par le rapport qu'il a lui-même avec le vieillard do sa fable y se plaise à le rendre intéressant y et à lui prêter le charme de la douce philosophie , et des senti mens affectueux avec lesquels lui-môme se consolait de sa propre vieillesse.

F A B.I. E I X y page 182.

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