‹ Fables de Fontaine avec les notes de ChampfortChapitre 66 sur 86 · LIVRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIEME

Tout ce donzîème livre est dédié à M. le duc de Bourgogne , alors âgé de huit ans. On avait ménagé la protection de ce prince à Pauteur des fables , déjà vieux , presque sans fortune et dénué d*appui. Cest , comme on Pa déjà observé y presque le seul grand homme de ce siècle qui n'ait point eu part aux bienfaits de Louis XI K. LUnimitié de Colbertf le peu d'habileté de La Fontaine à faire sa cour y un talent peu fait pour être apprécié par le roi | «le petites pièces qui paraissaient successivement y ne pouvaient avoir l'éclat d'un grand ouvrage y et semblaient manquer de cette importance qui frappait Louis XIV; des contes un peu libres y dont on avait le souvenir dans une cour qui commençait à devenir dévote » toutes ces circonstances s'étaient réunies contre La Fontaine y et l'avaient fait négliger. Il songeait à passer en Angleterre ; il apprenait même la langue anglaise y lorsque les bietifaits de M. le duc de Bourgogne le retinrent en France y et sauvèrent à sa yieillesse les désagrémens de ce voyage.

Il faut pardonner à un vieillard déjà accablé de peines et d*infirmités, le ton faible et le style languissant de cette épître dédicatoire \ il faut même s'étonner de retrouver dans plusieurs des fables de ce douzième livre une partie de son talent poétique y et , dans quelques-unes y des morceaux où ce talent brille de tout son éclat.

Fable I ^ page 188.

Vers 1. T rince y l'unique objet du soin des immortels y

Pourquoi Vunique ? La Fontaine fait mieux parler les animaux qu'il ne parle lui-mémè. Voyez dans ce livre douzième , dédié à ce même duc de Bourgogne, la fable de VEle'phant et du singe de Jupiter, ( page 23 1. ) Elle a pour objet d'établir que les petits et les grands sont égaux aux yeux des immortels. Je n'accuserai point ici La Fontaine d'une flaterie malheureusement autorisée par trop d'exemples. J'observerai seulement que taut que les écrivains , soit en vers , soit en prose , mettront dans leurs dédicaces des idées ou des scntimens contraires à la morale énoncée dans leurs livres y les p.luccs croiront ton jouis que la dédicace a raison et que le livre a

Notes, Liv. X^I I. 345

tort ; que dans Tune l'auteur parle sérieusement y comme il convient ; et clans Tauire , qu'il se joue de son esprit et de son imagination ; enfin qu'il faut lui pardonner sa morale ^ qui n'est qu'une fantaisitt Je poëte y un jeu d'auteur.

V. lo. Jl ne tient pas à lui. . . M. le Dauphin y qu'on appelait monseigneur y père du duc de Bourgogne y commandait l'armée d'Allemagne y et avait sous ses ordres , et pour conseil y MM. les maréchaux de Durât , de Bouflers et d'Humiires»

Page 1