LIVRE IV. FABLE XII
Les beautés de ces lieux, les mœurs des habitants; Et le gouvernement de la cbose publique Aquatique.
Un point sans plus tenait le galant empêché : Il nageait quelque peu, mais il fallait de l'aide. La grenouille à cela trouve un très-bon remède : Le rat fut à son pied par la patte attaché ;
Un brin de jonc en fit l'affaire.
Dans le marais entrés, notre bonne commère S'efforce de tirer son hôte au fond de l'eau, Contre le droit des gens, contre la foi jurée ; Prétend qu'elle en fera gorge-chaude et curée ; C'était, à son avis, un excellent morceau. Déjà, dans son esprit, la galande le croque. Il atteste les dieux ; la perfide s'en moque ; Il résiste ; elle tire. En ce combat nouveau, Un milan qui, dans l'air, planait, faisait la ronde, Voit d'en haut le pauvret se débattant sur l'onde, Il fond dessus, l'enlève, et, par même moyen,
La grenouille et le lien.
Tout en fut, tant et si bien
Que de cette double proie
L'oiseau se donne au cœur joie,
Ayant, de cette façon,
A souper chair et poisson.
La ruse la mieux ourdie Peut nuire à son inventeur ; Et souvent la perfidie Retourne sur son auteur.