‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 150 sur 394 · LIVRE VI. FABLE III · texte numérisé non relu

LIVRE VI. FABLE III

La vraie épreuve de courage N'est que dans le danger que Ton touche du doigt. Tel le cherchait, dit-il, qui, changeant de langage,

S'enfuit aussitôt qu'il le voit.

PHÉBUS ET BORiE

Borée et le soleil virent un voyageur

Qui s'était muni par honneur Contre le mauvais temps. On entrait dans l'automne, Quand la précaution aux voyageurs est bonne : 11 pleut, le soleil luit ; et Técharpe d'Iris

Rend ceux qui sortent avertis Qu'en ces mois le manteau leur est fort nécessaire ; Les Latins les nommaient douteux, pour cette affaire. Notre homme s'était donc à la pluie attendu ; Bon manteau bien doublé, bonne étoffe bien forte. Celui-ci, dit le Vent, prétend avoir pourvu À tous les accidents ; mais il n'a pas prévu

Que je sai rai souffler de sorte Qu'il n'est bouton qui tienne : il faudra, si je veux,

Que le manteau s'en aille au diable.

L'ébattement pourrait nous en être agréable : Vous plait-il de l'avoir ? Eh bien ! gageons nous deux,

Dit Phœbus, sans tant de paroles, A qui plus tôt aura dégarni les épaules

Du cavalier que nous voyons.

Commen ez ; je vous laisse obscurcir mes rayons. Il n'en fallut pas plus. Notre souffleur à gage Se gorge de vapeurs, s'enfle comme un ballon,

Fait un vacarme de démon, Siffle, souffle, tempête, et brise en son passage Maint toit qui n'en peut mais, fait périr maint bateau ;

Le tout au su,et d'un manteau.

Le cavalier eut soin d'empêcher que l'orage

Ne se pût engouffrer dedans.

Cela le préserva. Le vent perdit son temps;

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