‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 152 sur 394 · JUPITER ET LE MÉTAYER · texte numérisé non relu

JUPITER ET LE MÉTAYER

Jupiter eut jadis une ferme à donner.

Mercure en fit l'annonce et gens se présentèrent,

Firent des offres, écoutèrent :

Ce ne fut pas sans bien tourner ;

L'un alléguait que l'héritage Etait frayant- et rude, et 1 autre un autre si.

Pendant qu'ils marchandaient ainsi, Un d'eux, le plus hardi, mais non pas le plus sage, Promit d'en rendre tant, pourvu que Jupiter

Le laissât disposer de l'air,

Lui donnât saison à sa guise, Qu'il eût du chaud, du froid, du beau temps, de la bise,

Enfin du sec et du mouillé,

Aussitôt qu'il aurait bâillé.

Jupiter y consent. Contrat passé, notre homme Tranche du roi des airs, pleut, vente, et fait en somme Un climat pour lui seul : ses plus proches voisins Ne s'en sentaient non plus que les Américains. Ce fut leur avantage : ils eurent bonne année,

Pleine moisson, pleine vinée.

ilonsieur le receveur fut très-mal partagé.

1 Sorte de manteau.

2 Occasionnait beaucoup de trais.

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