‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 161 sur 394 · LE LIÈVRE ET LA TORTUE · texte numérisé non relu

LE LIÈVRE ET LA TORTUE

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point ; Le lièvre et la tortue en sont un témoignage. Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point Sitôt que moi ce but. Sitôt ! ètes-vous sage?

Repartit l'animal léger :

Ma commère, il vous faut purger

Avec quatre grains d'ellébore 1

— Sage ou non, je parie encore.

Ainsi fut fait ; et de tous deux

On mit près du but les enjeux.

Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,

Ni de quel juge l'on convint.

Notre lièvre n'avait que quatre pas à faire ; J'entends de ceux qu'il fait lorsque, près d'être atteint, Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux calendes,

Et leur fait arpenter les landes.

Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,

Pour dormir, et pour écouter D'où vient le vent, il laisse la tortue

Aller son train de sénateur.

Elle part, elle s'évertue ;

Plante que les anciens croyaient propre à combattre la folie.

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