‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 163 sur 394 · L'ANE ET SES MAITRES · texte numérisé non relu

L'ANE ET SES MAITRES

L'âne d'un jardinier se plaignait au Destin De ce qu'on le faisait lever devant l'aurore. Les coqs, lui disait-il, ont beau chanter matin,

Je suis plus matineux encore.

Et pourquoi? pour porter des herbes au marché. Belle nécessité d'interrompre mon somme !

Le Sort, de sa plainte touché, Lui donne un autre maître ; et l'animal de somme Passe du jardinier aux mains d'un corroyeur. La pesanteur des peaux et leur mauvaise odeur Eurent bientôt choqué l'impertinente béte. J'ai regret, disait-il, à mon premier seigneur :

Encor, quand il tournait la tète,

J'attrapais, s'il m'en souvient bien, Quelque morceau de chou qui ne me coûtait rien : Mais ici point d'aubaine, ou si j'en ai quelqu'une : C'est de coups. Il obtint changement de fortune;

Et sur l'état d'un charbonnier

Il fut couché tout le dernier.

Autre plainte. Quoi donc ! dit le Sort en colère,,

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