‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 17 sur 394 · LIVRE I. FABLE XI · texte numérisé non relu

LIVRE I. FABLE XI

Un agneau se désaltérait

Dans le courant d'une onde pure.

Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure,

Et que la faim en ces lieux attirait. Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?

Dit cet animal plein de rage :

Tu seras châtié de ta témérité.

Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté

Ne se mette pas en colère ;

Mais plutôt qu'elle considère

Que je m'en vas désaltérant Dans le courant,

Plus de vingt pas au-dessous d'elle ; Et que par conséquent, en aucune façon,

Je ne puis troubler sa boisson.

Tu la troubles ! reprit cette bête cruelle ; Et je sais que de moi tu médis l'an passé. Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né? Reprit l'agneau; je tette encor ma mère. — ' Si ce n'est toi c'est donc ton frère. — Je n'en ai point. — C'est donc quelqu'un des tiens;

Car vous ne m'épargnez guère,

Vo'k, vos bergers et vos chiens.

On me Ta dit : il faut que je me venge.

Là-dessus, au fond des forêts

Le loup l'emporte, et puis le mange,

Sans autre forme de procès.

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