‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 181 sur 394 · LIVRE VII. FABLE I · texte numérisé non relu

LIVRE VII. FABLE I

Peut-être il obtiendra la guérison commune. L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents

On fait de pareils dévouements.

Ni nous flattons donc point ; voyons sans indulgence

L'état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,

J'ai dévoré force moutons.

Que m'avaient-ils fait ? nulle offense ; Même il m'est arrivé quelquefois de manger Le berger.

Je me dévouerai donc, s'il le faut : mais je pense Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi ; Car on doit souhaiter, selon toute justice,

Que le plus coupable périsse.

Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi ; Vos scrupules font voir votre délicatesse. Eh bien ! manger moutons, canaille, sotte espèce, Est-ce un péché? Non, non. Vous leur fîtes, seigneur,

En les croquant, beaucoup d'honneur ;

Et quant au berger, Ton peut dire

Qu'il était digne de tous maux, Étant de ces gens-là qui sur les animaux

Se font un chimérique empire.

Ainsi dit le renard; et flatteurs d'applaudir.

On n'osa trop approfondir Du tigre, ni de Tours, ni des autres puissances,

Les moins pardonnables offenses :

Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins, Au dire de chacun étaient de petits saints. L'âne vint à son tour, et dit : J'ai souvenance

Qu'en un pré de moines passant, La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et, je pense,

Quelque diable aussi me poussant, Je tondis de ce pré la largeur de ma langue ; Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net. A ces mots, on cria haro sur le baudet. Un loup quelque peu clerc prouva par sa harangue Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,

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