‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 187 sur 394 · LIVRE VII. FABLE V · texte numérisé non relu

LIVRE VII. FABLE V

S'approchant du bord, vit sur l'eau Des tanches qui sortaient du fond de ces demeures. Le mets ne lui plut pas, il s'attendait à mieux,

Et montrait un goût dédaigneux,

Comme le rat du bon Horace.

Moi, des tanches ! dit-il ; moi, héron, que je Une si pauvre chère ! Et pour qui me prend-on? La tanche rebutée, il trouva du goujon. Du goujon ! C'est bien là le diner d'un héron ! J'ouvrirais pour si peu le bec ! aux dieux ne plaise ! Il l'ouvrit pour bien moins : tout alla de façon

Qu'il ne vit plus aucun poisson.

La faim le prit : il fut tout heureux et tout aise

De rencontrer un limaçon.

Ne soyons pas si difficiles :

Les plus accommodants, ce sont les plus habiles; On hasarde de perdre en voulant trop gagner.

Gardez-vous de rien dédaigner, Surtout quand vous avez à peu près votre compte. Bien des gens y sont pris. Ce n'est pas aux hérons Que je parle : écoutez, humains un autre conte : Vous verrez que chez vous j'ai puisé ces leçons.

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