‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 208 sur 394 · LA TÊTE ET LA QUEUE DU SERPENT · texte numérisé non relu

LA TÊTE ET LA QUEUE DU SERPENT

Le serpent a deux parties Du genre humain ennemies, Tête et queue ; et toutes deux Ont acquis un nom fameux Auprès des Parques cruelles :

Si bien qu'autrefois entre elles Il survint de grands débats Pour le pas,

La tête avait toujours marché devant la queue.

La queue au ciel se plaignit, Et lui dit :

Je fais mainte et mainte lieue

Comme il plaît à celle-ci :

Croit-elle que tou,ours j'en veuille user ainsi

Je suis son humble servante.

On m'a faite, Dieu merci,

Sa sœur et non sa suivante.

Toutes deux de même sang,

Traitez-nous de même sorte :

Aussi bien qu'elle je porte

Un poison prompt et puissant.

Enfin, voilà ma requête :

C'est à vous de commander Qu'on me laisse précéder, A mon tour, ma sœur la tête.

Je la conduirai si bien Qu'on ne se plaindra de rien.

Le ciel eut pour ces vœux une bonté cruelle.

Souvent sa complaisance a de méchants effets.

Il devrait être sourd aux cveuglcs souhaits.

Il ne le fut pas lors 1 ; et la guide 2 nouvelle, Qui ne voyait, au grand jour, Pas plus clair que dans un four, Donnait tantôt contre un marbre, Contre un passant, contre un arbre :

droit aux ondes du Styx elle mena sa sœur.

Malheureux les États tombés dans son erreur ? 1 Pour alors.

9 Le mot guide était autrefois féminin.

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