‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 227 sur 394 · LIVRE VIII. FABLE XII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. FABLE XII

Une nuit que chacun s'occupait au sommeil,

Et mettait à profit l'absence du soleil,

Un de nos deux amis sort du lit en alarme,

Il court chez son intime, éveille les valets ;

Morphée avait touché le seuil de ce palais.

L'ami couché s'étonne^; il prend sa bourse, il s'arme,

Vient trouver l'autre, et dit : Il vous arrive peu

De courir quand on dort ; vous me paraissez homme

A mieux user du temps destiné pour le somme :

N'auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu?

En voici. S'il vous est venu quelque querelle.

J'ai mon épée ; allons. Vous ennuyez-vous point

De coucher toujours seul ? une esclave assez belle

Etait à mes côtés ; voulez-vous qu'on l'appelle?

Non, dit l'ami, ce n'est ni l'un ni l'autre point :

Je vous rends grâce de ce zèle.

Vous m'êtes, en dormant, un peu triste apparu ; J'ai craint qu'il ne fut vrai; je suis vite accouru.

Ce maudit songe en est la cause.

Qui d'eux aimait le mieux ? Que t'en semble, lecteur ? Cette difficulté vaut bien qu'on la propose. Qu'un ami véritable est une douce chose ! 11 cherche vos besoins au fond de votre cœur;

Il vous épargne la pudeur

De les lui découvrir vous-même :

Un songe, un rien, tout lui fait peur

Ouand il s'agit de ce qu'il aime.

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