‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 231 sur 394 · LIVRE VIII. FABLE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. FABLE XIII

Pour venir à notre affaire,

Mes contes, à son avis,

Sont obscurs ; les beaux esprits

N'entendent pas toute chose.

Faisons donc quelques récits

Qu'elle déchiffre sans glose :

Amenons des bergers ; et puis nous rimerons Ce que disent entre eux les loups et les moutons.

Tircis disait un jour à la jeune Amarante :

Ah ! si vous connaissiez comme moi certain mal

Qui nous plaît et qui nous enchante, Il n'est bien sous le ciel qui vous parût égal !

Souffrez qu'on vous le communique ;

Croyez-moi, n'ayez point de peur :

Voudrais-; e vous tromper, vous pour qui je me pique Des plus doux sentiments que puisse avoir un cœur ?

Amarante aussitôt réplique :

Comment l'appelez-vous, ce mal? quel est son nom? — L'amour. — Ce mot est beau ! dites-moi quelques marques A quoi je le pourrai connaître : que sent-on? — Des peines près de qui le plaisir des monarques Est ennuyeux et fade : on s'oublie, on se plaît

Toute seule en une forêt.

Se mire-t-on près d'un rivage, Ce n'est pas soi qu'on voit : on ne voit qu'une image Qui sans cesse revient, et qui suit en tous lieux :

Pour tout le reste on est sans yeux.

Il est un berger du village Dont l'abord, dont la voix, dont le nom fait rougir ;

On soupire à son souvenir ; JÛn ne sait pas pourquoi, cependant on soupire; On a peur de le voir, encor qu'on le désire.

Amarante dit à l'instant :

Oh ! oh ! c'est là ce mal que vous me prêchez tant 1 Il ne m'est pas nouveau : je pense le connaître.

Tircis à son but croyait être, Quand la belle ajouta : Voilà tout justement

Page 1