‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 271 sur 394 · LIVRE IX. FABLE VII · texte numérisé non relu

LIVRE IX. FABLE VII

Le sorcier en fit une fille De l'âge de quinze ans, et telle et si gentille Que le fils de Priam pour elle aurait tenté Plus encor qu'il ne fit pour la grecque beauté. Le bramin fut surpris de chose si nouvelle.

Il dit à cet oh et si doux :

Vous n'avez qu'à choisir, car chacun est jaloux

De l'honneur d'être votre époux.

En ce cas je donne, dit-elle,

Ma voix au plus puissant de tous.

Soleil, s'écria lors le bramin à genoux,

C'est toi qui seras notre gendre.

Non, dit-il, ce nuage épais Est plus puissant que moi, puisqu'il cache mes traits;

Je vous conseille de le prendre.

Hé bien ! dit le bramin au nuage volant, Es-tu né pour ma fille? — Hélas ! non; car le vent Me chasse à son plaisir de contrée en contrée ; Je n'entreprendrai point sur les droits de Borée.

Le bramin fâché s'écria :

0 vent donc, puisque vent y a,

Viens dans les bras de "notre belle !

Il accourait ; un mont en chemin l'arrêta.

L'éteuf 1 passant à celui-là.

Il le renvoie et dit : J'aurais une querelle

Avec le rat ; et l'offenser Ce serait être fou, lui qui peut me percer.

Au mot de rat, la demoiselle

Ouvrit l'oreille : il fut l'époux.

Un rat ! un rat : c'est de ces coups

Qu'Amour fait; témoin telle et telle.

Mais ceci soit dit entre nous.

On tient toujours du lieu dont on vient, Cette fable Prouve assez bien ce point ; mais, à la voir de près, Quelque peu de sophisme entre parmi ses traits : Car quel époux n'est point au Soleil préférable

1 La balle.

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