‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 283 sur 394 · LE TRÉSOR ET LES DEUX HOMMES · texte numérisé non relu

LE TRÉSOR ET LES DEUX HOMMES

Un homme n'ayant plus ni crédit ni ressource,

Et logeant le diable en sa bourse1,

C'est-à-dire n'y logeant rien,

S'imagina qu'il ferait bien De se pendre et finir lui-même sa misère, Puisqu'aussi bien sans lui la faim le viendrait faire :

Genre de mort qui ne duit2 pas A gens peu curieux de goûter le trépas. Dans cette intention, une vieille masure Fut la scène où devait se passer l'aventure : Il y porte une corde, et veut avec un clou Au haut d'un certain mur attacher le licou.

La muraille, vieille et peu forte, S'ébranle aux premiers coups, tombe avec un trésor. Notre désespéré le ramasse et l'emporte, Laisse là le licou, s'en retourne avec l'or, Sans compter : ronde ou non, la somme plut au sire. Tandis que le galant à grands pas se retire, L'homme au trésor arrive et trouve son argent Absent.

Quoi ! dit-il, sans mourir, je perdrai cette somme ! Je ne me pendrai pas ! Et vraiment si ferai,

Ou de corde je manquerai.

Le lacs était tout prêt ; il n'y manquait qu'un homme : Celui-ci se l'attache, et se pend bien et beau.

Ce qui le consola, peut-être, Fut qu'un autre eût, pour lui, fait les frais du cordeau. Aussi bien que l'argent, le licou trouva maitre.

L'avare rarement finit ses jours sans pleurs ; 11 a le moins de part aux trésors qu'il enserre :

ainsi le désir qu'il avait de la posséder quelques instants dans ses bras.

4 Sans argent.

* Qui ne plait pas.

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