‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 309 sur 394 · LES DEUX PERROQUETS, LE ROI ET SON FILS · texte numérisé non relu

LES DEUX PERROQUETS, LE ROI ET SON FILS

Deux perroquets, l'un père et l'autre fils, Du rôt d'un roi faisaient leur ordinaire; Deux demi-dieux, l'un fils et l'autre père, De ces oiseaux faisaient leurs favoris.

L'âge liait une amitié sincère Entre ces gens : les deux pères s'aimaient ; Les deux enfants, malgré leur cœur frivole, L'un avec l'autre aussi s'accoutumaient.

Nourris ensemble et compagnons d'école.

C'était beaucoup d'honneur au jeune perroquet ; Car l'enfant était prince, et son père monarque. Par le tempérament que lui donna la Parque, Il aimait les oiseaux. LJn moineau fort coquet, Et le plus amoureux de toute la province, Faisait aussi sa part des délices du prince. Ces deux rivaux un jour ensemble se jouants, Comme il arrive aux jeunes gens, Le jeu devint une querelle.

Le passereau, peu circonspect, S'attira de tels coups de bec

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Que, demi-mort et traînant l'aile.

On crut qu'il n'en pourrait guérir.

Le prince indigné fit mourir Son perroquet. Le bruit en vint au père. L'infortuné vieillard crie et se désespère, Le tout en vain ; ses cris sont superflus : L'oiseau parleur est déjà dans la barque ; Pour dire mieux, l'oiseau ne parlant plus Fait qu'en fureur sur lo fils du monarque Son père s'en va fondre, et lui crève les yeux, se sauve aussitôt, et choisit pour asile Le haut d'un pin : là, dans le sein des dieux Il goûte sa vengeance en lieu sûr et tranquille. Le roi lui-même y court, et dit pour l'attirer : Ami, reviens chez moi ; que nous sert de pleurer? Haine, vengeance et deuil, laissons tout à la porte.

Je suis contraint de déclarer,

Encor que ma douleur soit forte, Que le tort vient de nous : mon fils fut l'agresseur ; Mon fils ! non ; c'est le Sort qui du coup est l'auteur. La Parque avait écrit de tout temps en son livre Que l'un de nos enfants devait cesser de vivre,

L'autre de voir, par ce malheur.

Consolons-nous tous deux, et reviens dans ta cage.

Le perroquet dit : Sire roi,

Crois-tu qu'après un tel outrage

Je me doive fier à toi ?

Tu m'allègues le Sort : prétends-tu, par ta foi, Me leurrer de l'appât d'un profane langage : jtlais que la Providence, ou bien que le Destin

Règle les affaires du monde, Il est écrit là-haut qu'au faite de ce pin,

Ou dans quelque forêt profonde, J'achèverai mes jours loin du fatal objet

Qui doit t'ètre un juste sujet De haine et de fureur. Je sais que la vengeance Est un morceau de roi ; car vous vivez en dieux.

Tu veux oublier cette offense;

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