‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 315 sur 394 · LIVRE X. FABLE XV · texte numérisé non relu

LIVRE X. FABLE XV

Et que, n'étant plus nuit, il n'est pas encor jour, Au bord de quelque bois sur un arbre je grimpe, Et, nouveau Jupiter, du haut de cet Olympe,

Je froudroie à discrétion

Un lapin qui n'y pensait guère.

Je vois fuir aussitôt toute la nation

Des lapins qui, sur la bruyère,

L'œil éveillé, l'oreille au guet, S'égayaient, et de thym parfumaient leur banquet.

Le bruit du coup fait que la bande

S'en va chercher sa sûreté

Dans la souterraine cité :

Mais le danger s'oublie, et cette peur si grande S'évanouit bientôt ; je revois les lapins, Plus gais qu'auparavant, revenir sous mes mains.

Ne reconnait-on pas en cela les humains ?

Dispersés par quelque orage,

A peine ils touchent le port

Qu'ils vont hasarder encor

Même vent, même naufrage :

Vrais lapins, on les revoit

Sous les mains de la Fortune.

Joignons à cet exemple une chose commune.

Quand des chiens étrangers passent par quelque endroit Qui n'est pas de leur détroit,

Je laisse à penser quelle fête l

Les chiens du lieu, n'ayant en tête Qu'un intérêt de gueule, à cris, à coups de dents

Vous accompagnent ces passants

Jusqu'aux contins du territoire.

Un intérêt de bien, de grandeur et de gloire, Aux gouverneurs d'Etats, à certains courtisans, A gens de tous métiers, en font tout autant faire,

On nous voit tous, pour l'ordinaire, Piller le survenant, nous jeter sur sa peau.

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