‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 321 sur 394 · LIVRE XI. FABÎE II · texte numérisé non relu

LIVRE XI. FABÎE II

Pour ses amis, qui soit sur terre :

Tâchez donc d'en être ; sinon Tâchez de l'affaiblir. La harangue fut vaine. Le sultan dormait lors ; et dedans son domaine Chacun dormait aussi, bêtes, gens : tant qu'enfin Le lionceau devint vrai lion. Le tocsin Sonne aussitôt sur lui ; l'alarme se promène

De toutes parts ; et le vizir, Consulté là-dessus, dit avec un soupir : Pourquoi Tirritez-vous? La chose est sans remède. En vain nous appelons mille gens à notre aide : Plus ils sont, plus il coûte ; et je ne les tiens bons

Qu'à manger leur part des moutons.

Apaisez le lion : seul il passe en puissance Ce monde d'alliés vivant sur notre bien, Le lion en a trois qui ne lui coûtent rien, Son courage, sa force, avec sa vigilance. Jetez-lui promptement sous la griffe un mouton; S'il n'en est pas content, jetez-en davantage : Joignez-y quelque bœuf; choisissez, pour ce don,

Tout le plus gras du pâturage.

Sauvez le reste ainsi. Ce conseil ne plut pas.

Il en prit mal ; et force Etats

Voisins du sultan en pâtirent :

Nul n'y gagna, tous y perdirent.

Quoi que fit ce monde ennemi,

Celui qu'ils craignaient fut le maître.

Proposez-vous d'avoir le lion pour ami,

Si vous voulez le laisser croître.

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